BRISE MARINE

 

 

La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.
Fuir ! Là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
0 nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l'ancre pour une exotique nature !

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots...
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !

 

 

 

INFORMATIONS BIBLIOGRAPHIQUES

Ce poème a vraisemblablement été composé au début de l'année 1865 (Cf. l'allusion à « la jeune femme allaitant son enfant »). Il parut pour la première fois dans le Parnasse Contemporain, du 12 mai 1866. Il fut repris dans l'édition : Les Poésies de Stéphane Mallarmé , (1887), puis dans Vers et Prose, (1893), enfin dans Poésies (1899).

L'édition du Parnasse Contemporain (12 mai 1866) fut, à la ponctuation près, identiquement reproduite par les éditions suivantes : Poésies (1887) , Vers et Prose (1893), Poésies (Deman, 1899), à l'exception du 14e vers :

Sont-ils ceux que le vent penche sur les naufrages

La Bibliothèque Jacques Doucet possède un manuscrit qui présente avec le texte définitif quelques variantes :

 
Vers 2 Je veux aller là-bas où les oiseaux sont ivres
D'errer entre la vague
Vers 7 Du papier qu'un cerveau châtié me défend
Vers 11 Car un ennui, vaincu par les vides espoirs
Vers 13 Et serais-tu de ceux, Steamer, dans les orages,
Que le destin charmant réserve à des naufrages
Perdus sans mâts, ni planche, à l'abri des îlots

 

Dans un autre manuscrit (collection H. Mondor)

 
Vers 5 Ne gardera ce coeur qui dans la mer se trempe ...
Vers 10 Lève l'ancre vers une exotique nature ! ...
Vers 14 Sont de ceux que le vent penche sur les naufrages.
Vers 16 Perdus, sans mâts, sans mâts, et fertiles îlots...

Extrait des OEUVRES COMPLETES DE STEPHANE MALLARME - Notes et Variantes

Ed. Gallimard La Pléiade, p. 1431

 

Vers OBJECTIF 1 : Réseaux Lexicaux :