Objectif 5 : MARQUES DE L'ENONCIATION
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Etape 1 : LES MARQUES DE L'ENONCIATION

C'est un trou de verdurechante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine.
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

Relevez les signes qui indiquent la présence de l'énonciateur dans ce texte

Vers Etape 2

Etape 2 : ANALYSE DES MARQUES DE L'ENONCIATION
A - Les marques indiquant la situation de l'énonciateur
QUESTION

Quelles sont les marques de l'énonciation permettant de deviner où et quand parle l'énonciateur ?

Les déictiques :

Il n'y a qu'un seul déictique dans ce poème, le "tu" inclus dans l'impératif "berce-le".
Aucun autre déictique ne fait référence explicitement à l'espace et au temps de l'énonciateur : ce qui contribue à donner au message une valeur universelle et permanente. L'auteur parle sans dire explicitement "je" et décrit le paysage sans dire de façon précise où il est. Aucun des déictiques dans leur emploi habituel je, tu, ici, maintenant, demain, hier etc.) ne se trouve dans ce texte. Le présentatif "C'est" joue le rôle d'un quasi-déictique que chacun peut reprendre pour lui-même.

Cependant, nous l'avons vu, il est possible, en lisant attentivement ce poème, de situer le lieu où se trouve celui qui parle : un lieu relativement élevé d'où il peut apercevoir d'en haut et de loin un soldat qui semble dormir. Parvenu près de lui, il le voit d'assez près pour distinguer la trace sanglante des balles qui l'ont tué. On peut aussi situer le récit dans le temps : le matin vraisemblablement, peut-être le soir, puisque dans la journée et en particulier à midi, le soleil est haut dans le ciel, au-dessus du paysage. Quand le soleil se lève ou se couche, ses rayons tombent obliquement sur le petit val qu'ils semblent emplir d'une lumière scintillante : c'est un petit val "qui mousse de rayons".

Le seul déictique utilisé dans ce texte : le "tu" de l'impératif "berce-le" s'adresse explicitement à la Nature : c'est, sous forme d'une prière, l'espoir qu'au sein d'une Nature maternelle et compatissante, la vie continue sous une autre forme... C'est un emploi inusuel du déictique "tu" qui désigne habituellement, dans un dialogue, le destinataire du message. Ici, le message est adressé à tous, et le "tu" fait partie de la réalité fictive créée par le texte.

 
 
L'emploi des temps et des modes
Tous les verbes, nous l'avons vu, sont au présent de l'indicatif ou de l'impératif : cependant, le récit se déroule dans le temps. On a l'impression que l'énonciateur "parle" ce qu'il voit, ce qu'il entend, ce qu'il ressent. C'est un procédé qui s'apparente au "monologue intérieur" où l'écrivain transcrit au présent ce dont un personnage a conscience. Ce procédé, quand il est employé dans un texte au présent, incite à confondre l'énonciateur et l'écrivain et donne à sa parole une grande authenticité

 

B - Les marques concernant le jugement de l'énonciateur sur ce dont il parle
QUESTION Comment l'énonciateur traduit-il ce qu'il ressent personnellement sur le sujet dont il parle ?
0ppositions sémantiques
La présence de l'énonciateur est particulièrement sensible à ce niveau : la création de deux côtés opposés, l'un qui concerne l'oeuvre de la nature et l'autre l'oeuvre humaine, l'une, oeuvre de Vie, l'autre de mort, traduit avec force la présence de l'énonciateur dans ce texte qui condamne la guerre en exaltant la Vie. L'étude des images montre que toutes celles qui concernent la nature ont pour effet de lui associer l'idée de vie : une vie dont elle est la source, comme le suggère non seulement l'étymologie du nom (nature, naître) mais aussi l'alliance constante des termes associés à la nature : l'idée de chaleur, de lumière, d'humidité, comme si fusionnaient le ciel et la terre. Cette Vie est allégresse ("chante une rivière"), elle se manifeste dans la verdure des plantes, le foisonnement de la lumière, le mouvement qui anime tout ce qui vit... Ce sont les hommes qui tuent : au "trou de verdure" s'opposent les "deux trous rouges au côté droit". La condamnation de la guerre n'a pas à être dite : elle s'impose comme une évidence devant ce que nous découvrons en même temps que le "je" qui raconte ce qu'il voit : un mort, exclu à jamais du monde des vivants, insensible pour toujours à la fête de la vie. Alors que la nature donne la vie, l'homme, par la guerre donne la mort
Présuppositions Tranquille pré-suppose un état euphorique : c'est une absence d'agitation liée au sentiment de sécurité : l'emploi de ce terme surprend et fait prendre conscience du caractère tragique de cette apparente tranquillité. Plus rien ne saurait désormais l'atteindre...
Reprises

L'accord sans réserve de l'énonciateur avec ce qu'il dit est révélé lors des reprises de mots ou de structures identiques :

Un groupe de mots destructureanalogue (il dort dans) est repris 3fois :

 
 

"la nuque baignant dans le frais cresson bleu dort"
"Les pieds dans les glaïeuls, il dort"
"il dort dans le soleil "

Le soleil est substitué au "frais cresson bleu" puis aux "glaïeuls" de la berge.Cette substitution permet de prolonger, en l'intensifiant, l'effet produit par la prise de "il dort", puisque rien ne sort le soldat de son apparent sommeil, ni la fraîcheur de l'eau , ni les feuilles coupantes des glaïeuls, ni la brûlure du soleil dans lequel il dort

Le mot "trou" est repris deux fois

 
 

Le mot "trou" est d'abord employé de façon métaphorique : "trou de verdure" désigne le val, puis au sens propre : les "trous" faits par les balles pénétrant au côté droit du jeune homme, figé par la mort dans un geste dérisoire de surprise et de protection : "la main sur sa poitrine"

Ce terme concerne d'abord la nature au début du poème, puis les blessures du soldat, à la fin. Le passage du vert au rouge crée un contraste qui fait prendre conscience de l'opposition entre l'oeuvre de la Nature (un trou de verdure) et l'oeuvre des hommes (deux trous rouges
)

 

 

 

C - Les marques concernant le jugement de l'énonciateur sur son message
QUESTION Quelles sont les marques de l'énonciation permettant de déterminer la distance prise par l'énonciateur relativement à son message ?
.
La recherche de termes qui indiquent la distance prise par l'énonciateur vis à vis de son message est infructueuse : Rimbaud n'établit aucune distance entre ce qu'il dit et lui-même : la compassion pour le jeune soldat, la colère contre l'absurdité de la guerre se devinent bien qu'elles ne soient pas explicitement formulées. Le ton avec lequel est racontée la découverte de ce qu'est en réalité ce "dormeur" est sobre et pathétique, et communique (rend commune, fait partager) l'émotion de l'énonciateur
Vers Etape 3

 

Etape 3: COMMENTAIRE

Choisissez une des marques de l'énonciation et rédigez quelques lignes de commentaire
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