Objectif 4 : ETUDE DE LA SYNTAXE
Auto-correction

 

Etape 1 - RECONNAITRE LES ECARTS

 

LE DORMEUR DU VAL

C'est un trou de verdure chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine.
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit

Faites un tirage-papier du poème ou transférez-le dans un traitement de texte; soulignez les mots ou les expressions dont l'ordre ou la construction s'écartent de la façon usuelle de s'exprimer.

Vers Etape 2

Etape 2 : ANALYSER ET CLASSER LES ECARTS
QUESTION
Etudiez les écarts que vous avez répertoriés. Traduisez en langue usuelle, comparez et dites quel effet de sens produisent ces modifications syntaxiques.
Ce qui frappe, c'est le nombre réduit des écarts syntaxiques : le poème est écrit dans une langue simple. Les images - procédé rhétorique essentiel - et les jeux de sonorités et de rythme - indiquent presque à eux seuls que ce récit est un poème.
Place de l'adjectif

Au niveau syntaxique, les écarts les plus fréquents sont ceux qui concernent l'ordre des mots : l'antéposition de l'adjectif : "de la montagne fière", un "soldat jeune". La montagne fière (cf. la fière montagne) suggère non seulement la position dominante de la "montagne" et indique la position du narrateur par rapport à elle; mais aussi, en jouant sur le sens étymologique de fière (féroce, sauvage) le contraste entre l'extérieur du val et le lieu paradisiaque qu'est le petit val.
Un soldat jeune (cf. un jeune soldat) renforce la valeur argumentative du caractère meurtrier de la guerre : elle tue et c'est encore plus terrible lorsqu'elle tue un être jeune. L'absence du verbe être avant "pâle" (dans la langue usuelle, on aurait dit : il est pâle) renforce la valeur d'attribut qui lui est donnée.

Les prépositions qui unissent verbes et compléments

La construction inhabituelle de "mousse de rayons" permet le fonctionnement de l'image en suggérant que "rayons" est un complément de moyens : ce sont les rayons du soleil qui emplissent le petit val d'un air surchauffé qui tremble...
De même, le changement de dormir au soleil pour "dans" le soleil fait naître une image.

Les niveaux de langue

L'insertion d'une expression - "il fait un somme" - qui appartient au registre familier, dans un texte dont la langue relève d'un niveau de langue soutenu, provoque un effet de surprise : jamais plus cet être, frappé en pleine jeunesse ne vivra les moments simples de la vie de tous les jours, ceux où l'on "fait un somme"...

L'emploi de l'adjectif possessif "sa" : sa poitrine (on attendrait "la main sur la poitrine"...) a un rôle d'insistance : le registre est plus soutenu, conforme à la gravité du récit.

 
Vers Etape 3

3 - COMMENTER LES EFFETS DE SENS
QUESTION
Examinez la syntaxe : quelle est la proportion de propositions indépendantes, de propositions organisées en principales et subordonnées ?

Il y a peu de chose à dire sur la syntaxe, sinon qu'elle est simple : on ne distingue aucun "écart" notable relativement à la prose.

Cette simplicité permet au lecteur de s'identifier au narrateur : en découvrant en même temps que lui le cadavre d'un jeune adolescent, et dans une langue qui paraît être celle de la vie quotidienne, celle qu'il aurait employée s'il avait fait lui-même ce trajet, le lecteur a l'impression que c'est lui qui parle et il éprouve une émotion semblable à celle qu'éprouve le narrateur.

Il y a peu de propositions subordonnées : dans ce récit, il n'y a aucune proposition circonstancielle de temps, aucun adverbe indiquant l'ordre dans lequel les événements se sont succédés.

Au contraire, les relatives sont relativement fréquentes :

"où chante une rivière"
"où le soleil (...) luit"
"qui mousse de rayons"
"où la lumière pleut"
Ces relatives sont, avec la proposition introduite par "comme" : "comme sourirait un enfant malade", les seules propositions subordonnées du texte : ce poème décrit une scène. Les constructions syntaxiques inciteraient donc à considérer ce texte comme un texte descriptif plutôt que narratif. L'importance accordée à ce qui est vu se traduit par la formule de présentation "c'est" employée deux fois...

Cependant les événements qui ont conduit de l'état initial à l'état final sont relatés dans l'ordre chronologique - l'aspect narratif est intimement lié à la description : l'auteur décrit ce qu'il voit : d'abord le "trou de verdure", le val, d'où se dégage une impression de verdure et de lumière, une rivière, puis il discerne un soldat étendu, immobile... Immobilité dont, s'approchant peu à peu, il découvre la cause : "deux trous rouges au côté droit".

La conjugaison aide-t-elle à déterminer si ce poème est un texte descriptif, narratif ou argumentatif ?

Le temps auquel sont conjugués les verbes est le présent, quel que soit le mode (indicatif, impératif, conditionnel) : Ce qui permet au poète de dire ce qu'il voit, au moment où il le voit, comme s'il le découvrait peu à peu, en se rapprochant.

Nous comprenons que ce texte constitue un plaidoyer contre la guerre. Faut-il classer pour cela ce texte dans la catégorie des textes argumentatifs ? Il n'y a aucune construction syntaxique utilisant des liens logiques. Ces liens, s'ils existent, sont implicites. Peut-être, en prose, aurait-on remplacé la juxtaposition par deux propositions introduites par "parce que" ?

berce-le chaudement (parce qu') il a froid
tranquille (parce qu') il a deux trous rouges au côté droit

Il suffit de rétablir les "parce que" pour prendre conscience de tout que gagne le texte à leur suppression.

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