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THEME :
DANS UNE LIBRE REPUBLIQUE CHACUN A TOUTE LATITUDE DE PENSER ET DE S'EXPRIMER
S'il était aussi facile de commander aux âmes qu'aux langues,
il n'y aurait aucun souverain qui ne régnât en sécurité
et il n'y aurait pas de gouvernement violent, car les sujets orienteraient
leur vie selon le bon plaisir des détenteurs du pouvoir et nul
ne porterait jamais de jugement sur le vrai ou le faux, sur le bien
ou le mal, le juste ou l'injuste que conformément aux volontés
des gouvernants. Mais cela ne peut être ; il ne peut se faire
que l'âme d'un homme appartienne entièrement à un
autre ; personne en effet ne peut transférer à un autre,
ni être contraint d'abandonner son droit naturel ou sa faculté
de faire de sa raison un libre usage et de juger de toutes choses. Un
gouvernement est donc tenu pour violent quand il prétend dominer
les âmes et une puissance souveraine paraît agir injustement
contre ses sujets et usurper leur droit, quand elle veut prescrire à
chacun ce qu'il doit admettre comme vrai ou rejeter comme faux, ainsi
que les croyances dont devra s'inspirer leur vénération
de Dieu, car cela est du droit propre à chacun, un droit dont
personne, le voulût-il, ne peut se dessaisir.
Extrait : SPINOZA - Traité théologico-politique
chap 20 (1670)
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