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MYTHES, LITTERATURE ET SOCIETE |
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Dans un ouvrage remarquable, Levi-Stauss, anthropologue et philosophe contemporain, étudie la pensée sauvage, cette pensée qui n'est pas, précise-t-il, celle des sauvages, mais la pensée humaine qui fonctionne librement, comme à l'état sauvage; d'une façon libre, non encore assujettie aux contraintes de la productivité. Les "sauvages" ont trop souvent été méprisés parce leur mode de vie était considéré comme rudimentaire. Or, si ces sociétés dites "primitives" paraissent si peu se soucier de leur confort, c'est qu'il y a pour elles des valeurs plus fondamentales que le bien-être matériel... Parmi ces valeurs, l'établissement de relations harmonieuses avec le Sacré. Les mythes sont pour ces sociétés des récits fondamentaux qui expliquent et justifient leur existence, leurs usages, leurs relations avec les autres êtres vivants et avec les forces mystérieuses qui nous environnent. Les mythes ne sont pas des dogmes : ils n'en ont ni le caractère immuable, ni le rôle coercitif. Dans la Pensée Sauvage, Levi-Strauss parle à leur propos de "bricolage"... La pensée collective, qui transforme inconsciemment les mythes pour les adapter aux changements subis par la société, en réorganise les éléments pour les intégrer dans une nouvelle structure où ils acquièrent une signification différente de celle qu'ils avaient dans la forme antérieure du mythe, comme le fait un "bricoleur" qui transforme les éléments organisés dans un objet qui servait à autre chose que à quoi il va servir désormais. Un autre anthropologue spécialiste de l'étude des Mythes, Georges Dumezil, emploie une image différente pour faire comprendre comment la pensée collective de ces sociétés réemploie les fragments de récits mythiques : il parle de "pâte feuilletée" pour indiquer qu'un mythe ne nous parvient jamais à l'état naissant, mais sous une forme complexe où de multiples strates sont imbriquées, témoignant des multiples réajustements antérieurs. Lorsque les sociétés traditionnelles deviennent plus complexes, et lorsque se forment les sociétés technologiques, l'attitude traditionnelle de respect envers une nature Maternelle et Toute-puissante devient peu à peu une attitude différente et apparaît alors la volonté prométhéenne de connaître et de dominer la nature; les artistes inscrivent alors dans les mythes traditionnels les angoissantes questions qui naissent de ces changements : une question fondamentale est implicitement à l'oeuvre dans les transformations des récits mythiques : quelle attitude doit avoir l'humanité devant ces changements, les êtres humains doivent-ils respecter la Nature : avoir vis à vis d'Elle une attitude d'amour et de respect, comme celle d'un enfant à l'égard de sa mère ou doivent-ils la dominer pour la contraindre à produire : l'homme doit-il connaître et dominer la nature, comme un Homme doit dominer sa femme ? Cette pensée mythique qui a d'une façon continue remodelé les mythes anciens est encore à l'oeuvre dans l'art, et tout particulièrement dans la littérature où chacune de leur reprise témoigne des transformations des mentalités. * * * La transformation des jugements de valeur concernant l'attitude que doit avoir l'Homme devant la Nature s'est inscrite dans certains mots qui, tout en désignant toujours la même chose, signifient autre chose : par exemple, le mot grec mythos, qui signifiait récit, conte,, a, par l'intermédiaire du latin, donné en français le mot "mythe" qui a un sens différent dans les définitions suivantes :
Quelle est la définition qui vous paraît le mieux correspondre à l'opinion des sociétés modernes sur ce qu'est un monstre ? Si la question des monstres dans la mythologie et dans l'art, reportez-vous
au Site de l'Académie de Versailles : Dans la même logique, le mot ubris était en grec un mot chargé d'une émotion religieuse : l' ubris, c'est la démesure, l'excès, ce qui est hors norme; extraordinaire : c'est la tendance à cette démesure qui fait le malheur de la famille des Labdacide, Oedipe, Antigone sont des héros dont le caractère excessif fait à la fois la grandeur et le malheur... Le recours à la racine grecque, ubris, pour désigner les plantes ou les êtres produits par l'union de deux espèces différentes, s'explique peut-être parce que les hybrides que fabriquent les nouvelles technologies biologiques résultent d'une transgression des interdits de mélange, comme s'il y avait quelque chose de contre-nature à produire de tels êtres. Le fait que le mot soit, actuellement, utilisé couramment sans impliquer un sentiment de culpabilité, montre le changement des mentalités. Quelle
est la tragédie où l'action est déclenchée
par l'inexplicable accumulation de malheurs qui frappent la population,
montrant, par la perturbation de l'ordre naturel, que l'Ordre a été
troublé par un crime contre-nature et que les désordres
actuels sont le signe que ce crime est demeuré impuni : il
doit être "expié" : l'élément
lié au sacré de transgression (pius) doit être
expulsé (ex-pié). L'action consistera à
chercher le coupable et c'est le coupable lui-même qui mène
l'enquête....
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