ECRIVAINS et ARTISTES

 

 

 

1552-1630
Agrippa d'AUBIGNE
 
LLES OEUVRES


1573 Le Printemps (publication 1874)
1577 Début de la composition des Tragiques, publiés en 1616
1598 La confession du Sieur de Sancy : violent pamphlet contre les conversions intéressées qui suivirent celle de Henri IV
1616 Histoire universelle depuis 1550 jusqu'en1601
1617 Les Aventures du Baron de Foeneste
1620 Traité sur les guerres civiles
1620 Traité sur le devoir mutuel des rois et des sujets.
1629 Sa Vie à ses Enfants

LA VIE
Théodore Agrippa d'Aubigné naquit en Saintonge en 1552. Sa mère, Catherine de l'Estang, à laquelle il vouera un culte, meurt en lui donnant le jour, d'où son prénom d'Agrippa (aegre partus). Son père, Jean d'Aubigné, juge à Pons en Saintonge, est un homme remarquablement cultivé, un helléniste qui fera donner à son fils une instruction approfondie : précoce, l'enfant à 6 ans lisait le latin, le grec, l'hébreu et le français; mais qui lui fera connaître aussi la dure réalité des guerres de religion : passant devant le Château d'Amboise, ils virent les potences où les têtes des conjurés huguenots exécutés étaient encore accrochées, Jean d'Aubigné le menaça de sa malédiction s'il ne consacrait pas ses forces à venger ces martyrs. (1560).
Il suivit à Paris l'enseignement de Mathieu Béroalde, mais dut fuir avec son maître quand, en 1562, les Réformés sont expulsés de Paris. Il retrouve son père à Orléans au terme d'un voyage mouvementé.
Il a 11 ans quand, à la mort de son père, sa belle-mère, Anne de Limur, l'expulse de la maison paternelle.
En 1564, il étudie au collège de Genève, d'où il s'enfuit deux ans plus tard, malgré l'amitié que lui témoigne Théodore de Bèze.
Revenu en Saintonge, chez son tuteur, il s'échappe pour aller s'engager dans les troupes protestantes. Il a 16 ans et se bat pendant 2 ans avec témérité.
En août 1570, la paix de Saint-Germain le démobilise. Sa famille maternelle l'avait dépouillé de ses biens : il dut plaider pour retrouver son petit domaine, voisin du Château des Salviati, où il devient éperdument amoureux de Diane Salviati.
En 1572, il se rend à Paris pour assister au mariage de Marguerite de Valois et d'Henri de Navarre; les fêtes furent suivies du massacre de la Saint Barthélémy. Il s'était absenté de Paris, mais les tueurs le surprennent en province; il est gravement blessé, et parvient à se réfugier au Château de Talcy, où la jeune fille qu'il aime, Diane Salviati, le soigne. D'Aubigné écrit pour elle d'admirables poèmes qu'il n'acceptera jamais de publier et que nous ne connaissons que par une édition du XIXe siècle : le Printemps. Il y eut d'abord une période d'amour partagé et de bonheur ardent, qu'assombrirent les caprices de la jeune fille. Les espoirs de mariage furent brutalement rompus par l'intervention de l'oncle de Diane, grand aumônier de la reine mère " sur les différends de la religion " : elle est catholique et lui refuse d'abjurer. Diane est mariée à un autre en 1573. Le désespoir de ce jeune homme excessif en tout est durable : il pleurera encore Diane la nuit de son mariage... Diane, malheureuse elle aussi, mourra en 1575.
En 1573, il devient écuyer de Henri de Navarre qui lui confie de nombreuses missions au cours de la sixième et de la septième guerres de religion. Ce fidèle service n'a pas été sans orages. En 1577-1579 notamment, brouillé avec son maître, il s'enferme dans son domaine des Landes-Guinemer et compose une grande partie des Tragiques. Mais après chaque brouille, il revient auprès de Henri dont il voudrait être la vivante conscience : il participe en 1590 au siège de Paris, mais quitte son roi après l'abjuration; il revient à lui en 1595, après la mort de sa femme, puis se consacre à l'éducation de ses cinq enfants, tout en continuant à veiller auprès d'Henri IV jusqu'à l'assassinat de ce dernier, en 1610.
En 1620, il s'exile à Genève. Son énergie ne faiblit pas : il trace le plan de remparts, écrit d'une pleine de verve satirique qui scandalise : le Baron de Foeneste, et rédige des ouvrages où il expose une pensée politique neuve, née d'une vie d'action et de réflexion personnelle sur les événements vécus, en étant très proche du pouvoir, sans cependant lui faire jamais de concessions.
Il s'éteint dans la mélancolie en 1630, toutes illusions perdues, désolé de voir son propre fils abjurer le protestantisme, c'est-à-dire, à ses yeux, " trahir ".
Quelques jugements sur Agrippa d'Aubigne    
 
" Agrippa d'Aubigné est résumé en une constante attitude. Il n'a jamais rien renié des convictions et du style de vie qui étaient les siens dès ses premières années. Ce combattant n'a mené qu'un seul combat. Encore faut-il en préciser l'esprit. Il est fils de la Renaissance, et parent de ces hommes qui, évangéliques, protestants ou catholiques, se sont efforcés de rassembler en un tout harmonieux et cohérent l'éblouissement de la redécouverte des Oeuvres antiques, le charme exquis des Italiens, la " modernité " paradoxale de la Pléiade et les exigences d'une foi actuellement vécue. Il est le contemporain de ces violents qui, au milieu de guerres impitoyables, ont gardé le goût du bien dire, l'appétit des livres et l'élégance des manières. "
Jacques Morel Littérature française La Renaissance III Ed. Arthaud p. 170
 
Quand Agrippa d'Aubigne nous parle de lui :    
  Voici un extrait de livre du Jugement dernier où après avoir décrit la Résurrection, le jugement, les supplices des réprouvés, il parle des joies des élus : le texte s'achève par un retour vers lui qui paraît être le récit d'une expérience spirituelle personnelle :

Chétif, je ne puis plus approcher de mon oeil
L'oeil du ciel ; je ne puis supporter le soleil.
Encor tout ébloui, en raisons je me fonde
Pour de mon âme voir la grande âme du monde,
Savoir ce qu'on ne sait et qu'on ne peut savoir,
Ce que n'a ouï l'oreille et que l'oeil n'a pu voir ;
Mes sens n'ont plus de sens, l'esprit de moi s'envole
Le coeur ravi se tait, ma bouche est sans parole :
Tout meurt, l'âme s'enfuit, et reprenant son lieu,

Extatique, -se pâme au giron de son Dieu.


HIVER


Mes volages humeurs, plus stériles que belles,
S'en vont, et je leur dis : vous sentez, hirondelles
S'éloigner la chaleur et le froid arriver
Allez nicher ailleurs, pour ne fâcher, impures,
Ma couche de babil, et ma table d'ordures :
Laissez dormir en paix la nuit de mon hiver.

D'un seul point le soleil n'éloigne l'hémisphère,
Il jette moins d'ardeur, mais autant de lumière.
Je change sans regrets lorsque je me repens
Des frivoles amours et de leur artifice.
J'aime l'hiver, qui vient purger mon coeur de vice
Comme de peste l'air, la terre de serpents.

Mon chef blanchit dessous les neiges entassées,
Le soleil qui me luit les échauffe glacées,
Mais ne les peut dissoudre au plus court de ces mois.
Fondez, neiges, venez dessus mon coeur descendre
Qu'encores il ne puisse allumer de sa cendre
Du brasier, comme il fit des flammes autrefois.
(...)
Mais quoi, serai-je éteint devant ma vie éteinte :
Ne luira plus en moi la flamme vive et sainte,
Le zèle flamboyant de la sainte maison ?
Je fais aux saints autels holocauste des restes,
De glace aux feux impurs, et de naphte aux célestes,
Clair et sacré flambeau, non funèbre tison.

Voici moins de plaisirs, mais voici moins de peines :
Le rossignol se tait, se taisent les sirènes ;
Nous ne voyons cueillir ni les fruits, ni les fleurs ;
L'espérance n'est plus bien souvent tromperesse,
L'hiver jouit de tout, bienheureuse vieillesse
La saison de l'usage et non plus des labeurs.

Mais la mort n'est pas loin : cette mort est suivie
D'un vivre sans mourir, fin d'une fausse vie
Vie de notre vie, et mort de notre mort.
Qui hait la sûreté pour aimer le naufrage ?
Qui a jamais été si friand de voyage,
Que la longueur en soit plus douce que le port ?

 

 

 

 

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