ECRIVAINS et ARTISTES

 

 

 

 
Joachim du BELLAY
1522-1560
LLES OEUVRES


1549 Défense et Illustration de la langue Française.
1549 L'Olive, où du Bellay poursuit dans des sonnets d'une grande perfection formelle, la recherche de l'amour et de la poésie. Deux manifestations d'une même aspiration vers l'idéal. L'amour-désir, charnel, s y transforme en amour purement spirituel de la Beauté... Le tumulte des passions s'apaisera dans un chant mystique à la gloire de l'aimée...
I558 Le Premier Livre des Antiquités de Rome : poèmes d'une concision et d'une force admirables, méditations poétiques sur la grandeur passée de Rome... la fuite du temps et son expression sensible : les ruines de Rome...
1558 Les Regrets et autres Oeuvres poétiques : recueil de sonnets où le poète, renonçant avec douleur aux genres " hautains " qui valent à Ronsard gloire et richesse, (il énumère les sujets traités par Ronsard dans ses Hymnes de 1555 dès les 4 premiers vers des Regrets), se plaint à ses vers, et compose des sonnets où la tristesse s'exprime dans une langue simple et harmonieuse.
C'est dans ce recueil que le " mal du pays ", la nostalgie de la terre natale s'exprime dans une forme admirable : non seulement dans le sonnet fameux : " Heureux qui, comme Ulysse... ", mais aussi dans tant d'autres poèmes où la perfection des vers rend pour toujours communicable la sincérité de l'émotion.
Paradoxalement, ce sont les vers que du Bellay pensait appartenir à un genre mineur, celui d'une poésie humble et quotidienne, qui ont fait de lui un très grand poète.


LA VIE
Joachim du Bellay naquit en 1522 au château de Turmelière, dans la paroisse de Liré, petit village sur la Loire, en face d'Ancenis. Il devint orphelin très jeune, et fut confié à la tutelle de son frère aîné, René, qui avait 15 ans de plus que lui.
René ne s'occupa guère de son jeune frère, et Joachim eut une enfance solitaire, sans tendresse. Ses premières études semblent avoir été négligées.
Adolescent, il comprit la nécessité de faire des études pour obtenir un emploi honorable : il était le second des fils à une époque où le droit d'aînesse réservait le domaine à l'aîné. Il quitta en 1545 le château familial pour Poitiers où il entreprit des études de droit. A Poitiers, il fit la connaissance de plusieurs humanistes : Jacques Peletier du Mans, Ronsard, etc...
Lorsque, à la rentrée scolaire de l547, Jean Dorat fut nommé Principal du collège de Coqueret (près du Panthéon actuel), il y fit entrer deux de ses élèves, Ronsard et Jean-Antoine de Baïf. Du Bellay les y rejoignit, s'efforça avec passion et ténacité de combler les lacunes de sa scolarité antérieure et d'acquérir une formation littéraire approfondie : il compléta sa connaissance du latin, apprit le grec et découvrit les poètes italiens.
Jacques Peletier, devenu le Principal du collège de Beauvais, rencontrait fréquemment ses amis; il inséra dans le recueil de ses Oeuvres poétiques publiées en 1547, les premiers vers de Ronsard et de du Bellay. Dans cet ouvrage, il mit en pratique les principes qui seront exposés deux ans plus tard par du Bellay dans Défense et Illustration de la langue française (l549).
L'emploi du temps rigoureux de la vie des collèges, à cette époque, explique que l'on puisse à la fois s'instruire et produire des oeuvres personnelles : lever à 4 heures, prière à 5 heures, études jusqu'à 10 heures, colloque; à 10 heures et demi, déjeuner, lecture de textes, en guise de récréation; de 1 heure à 5 heures, études; une heure de conférence, souper à 6 heures et de nouveau, études tard dans la nuit...
C'est dans ces années de labeur passionné que du Bellay, après avoir été le porte-parole de ses condisciples en écrivant Défense et Illustration, composa ses premières oeuvres : la plus importante est l'Olive, recueil de poèmes d'amour publié en 1549.
Même s'il est accompli dans l'enthousiasme, un tel labeur est difficile à supporter pour un jeune homme dont la santé a toujours été fragile. Il est probable que la tuberculose pulmonaire dont il était atteint s'aggrava en 1550 : c'est aussi à cette époque qu'il ressentit les premières atteintes de la surdité. Il avait de plus de graves problèmes d'argent : sa famille n'était pas riche et, sans fortune personnelle, chargé de défendre les intérêts de son neveu, orphelin, il se trouva engagé malgré lui dans une série de procès pour défendre le domaine familial, y dépensant son temps et son argent.
Il eut recours à l'un de ses brillants cousins : Jean du Bellay pour tenter de faire une carrière dans la diplomatie. En 1553, il partit avec lui lorsqu'une nouvelle mission auprès du pape fut confiée au prélat. Il avait, en partant pour Rome, les espoirs qui auraient été ceux de tout humaniste à cette époque : il espérait y parfaire sa culture humaniste et y mener une vie intellectuelle brillante au contact des poètes et des artistes italiens...
La réalité démentit très vite ces rêves...

J'aime la liberté et languis en service, (...)
Je suis né pour la Muse, on me fait ménage
Les Regrets - 39

Je ne chante (Magny), je pleure mes ennuys
Ou pour le dire mieulx, en pleurant je les chante
Si bien qu'en les chantant, souvent je les enchante

Chez le cardinal du Bellay, Joachim ne fut ni secrétaire, ni conseiller, ni poète, mais simplement : ménager, c'est-à-dire intendant chargé de l'administration d'une maison au train de vie somptueux, dont la gestion était d'autant plus fastidieuse que l'argent manquait :

 

Panjas, veulx-tu sçavoir quels sont mes passetemps ?
Je songe au lendemain, j'ay soing de la depense
Qui se faict chacun jour, & si fault que je pense
A rendre sans argent cent crediteurs contens.
Je vays, je viens, je cours, je ne perd point le temps,
Je courtise un banquier, je prens argent d'avance.
(...)
Avesques tout cela, dy (Panjas), je te prie,
Ne t'esbahis-tu point comment je fais des vers ?,

Les Regrets 15

Il sait que pendant le temps qu'il consacre à ces tâches ingrates, Ronsard conquiert en France la gloire poétique, composant cette Franciade qui doit l'égaler à Homère et Virgile, alors que lui compose, au jour le jour, ces sonnets si éloignés des genres haultains auxquels il avait lui-même convié les poètes .avant de quitter la France.....

L'honneur nourrit les Arts & la Muse demande
Le théâtre du peuple et la faveur des Rois

Les Regrets 7

Il a conscience d'un échec irrémédiable, car il sait que le temps lui est mesuré :

Le jour s'esteint au soir, & au matin reluit.
Et les saisons refont leur course coustumière :
Mais quand l'homme a perdu cette doulce lumière,
La mort lui fait dormir une éternelle nuict.
Les Regrets 53

De retour en France, enfin, en 1557, du Bellay rassemblera les textes écrits en Italie, et publiera trois recueils de vers français : Les Antiquités de Rome, les Jeux Rustiques et les Regrets, qui parurent en 1558, et des vers latins : Poemata.
De nouveaux soucis l'attendaient à Paris. Libéré des tracas d'argent grâce aux bénéfices obtenus du Cardinal, il retrouva les procès autour des problèmes d'héritage, les tracasseries liées aux obligations qu'il avait envers son cousin le cardinal, resté à Rome et qu'il devait remplacer dans certains emplois...
La surdité s'aggravait : il devait communiquer par écrit. La maladie épuisait ses forces. Il mourut à Paris le ler janvier 1560.

Quelques jugements sur du Bellay    
     
Quand Joachim du Bellay nous parle de lui    
 

Voici quelques poèmes extraits des Regrets :


Je ne veulx point fouiller au sein de la nature.
Je ne veulx point chercher l'esprit de l'univers,
Je ne veulx point sonder les abysmes couvers,
Ny desseigner du ciel la belle architecture.
Je ne peins mes tableaux de si riche peinture,
Et si hauts argumens ne recherche à mes vers,
Mais, suivant de ce lieu les accidents divers,
Soit de bien, soit de mal, j'escris à l'adventure.
Je me plains à mes vers, si j'ay quelque regret,
Je me ris avec eulx, je leur dy mon secret,
Comme estans de mon coeur les plus seurs secretaires.
Aussi ne veulx-je tant les pigner & friser,
Et de plus braves noms ne les veulx deguiser
Que de papiers jonrnaux, ou bien de commentaires.

Les Regrets-1

 

France mere des arts, des armes & des loix,
Tu m'as nourry long temps du laict de ta mamnelle
Ores, comme un aignau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antrs & les bois
Si tu m'as pour enfant advoué quelquefois
Que ne me respons-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France repons à ma triste querelle*
Mais nul, sinon Echo ne respons à ma voix
Entre les loups cruels j'erre parmy la plaine,
Je sens venir l'hyver, de qui la froide haleine,
D'une tremblante horreur fait herisser ma peau.
Las tes autres aigneaux n'ont faute de pasture
Ils ne craignent le loup le vent ny la froidure
Si ne suis-je pourtant le pire du troppeau

Les Regrets 9

Ce pendant que tu dis ta Cassandre divine,
Les louanges du Roy, & l'heritier d'Hector,
Et ce Montmorancy, nostre François Nestor,
Et que de sa faveur Henry t'estime digne :
Je me pourmene seul sur la rive Latine,
La France regretant, & regretant encor
Mes antiques amis, mon plus riche tresor,
Et le plaisant sejour de ma terre Angevine.
Je regrete les bois, & les champs blondissans,
Les vignes, les jardins, & les prez verdissans,
Que mon fleuve traverse : icy pour recompense
Ne voiant que l'orgueil de ces monceaux pierreux
Où me tient attaché d'un espoir malheureux,
Ce que possede moins celuy qui plus y pense:

Les Regrets 19


Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy la qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage & raison,
Vivre entre ses parents le reste de son aage !
Quand revoiray-je, helas, de mon petit village
Fumer la cheminee, & en quelle saison,
Revoiray-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, & beaucoup d'avantage ?
Plus me plaist le sejour qu'ont basty mes ayeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaist l'ardoise fine:
Plus mon Loyre Gaulois, que le Tybre Latin,
Plus mon petit Lyré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur,Angevine.

Les Regrets-31


Que feray-je, Morel ? Dy moy, si tu l'entends,
Feray-je encor icy plus longue demeurance,
Ou si j'iray revoir les campaignes de France,
Quand les neiges fondront au soleil du primtemps ?
Si je demeure icy, helas, je perds mon temps
A me repaistre en vain d'une longue esperance,
Et si je veulx ailleurs fonder mon asseurance,
Je fraude mon labeur du loyer que j'attens.
Mais faut-il vivre ainsi d'une esperance vaine ?
Mais fault il. perdre ainsi bien trois ans de ma peine ? I
Je ne bougeray donc. Non, non, je m'en iray.
Je demourray pourtant, si tu le me conseilles.
Hélas (mon cher Morel) dy moy que je feray ?
Car je tiens, comme on dit, le loup par les oreilles.

Les Regrets 33


Depuis que j'ay laissé mon naturel sejour,
Pour venir où le.Tybre aux flots tortuz ondoye,
Le ciel a veu trois fois par son oblique voye
Recommencer son cours la grand' lampe du jour.
Mais j'ay si grand desir de me voir de retour,
Que ces trois ans me sont plus qu'un siege de Troye
Tant me tarde (Morel) que Paris je revoye,
Et tant le ciel pour moy fait lentement son tour:
I1 fait son tour si lent, & me semble si morne,
Si morne, & si pesant que le froid Capricorne
Ne m'accoursit les jours, ny le Cancre les nuicts.
Voila (mon cher Mlorel) combien le temps me dure
Loing de France & de toy, et comment la nature
Fait toute chose longue avecques mes ennuis.

Les Regrets-36

Las où est maintenant ce mespris de Fortune ?
Où est ce coeur vainqueur de toute adversité,
Cest honneste desir de l'immortalité,
Et ceste honneste flamme au peuple non commune ?
Où sont ces doulx plaisirs, qu'au soir soubs la nuict brune
Les Muses me donnoient, alors qu'en liberté
Dessus le verd tapy d'un rivage esquarté
Je les menois danser aux rayons de la Lune ?
Maintenant la Fortune est maistresse de moy
Et mon coeur qui souloit estre maistre de soy
Est serf de mille maulx & regrets qui m'ennuyent.
De la postérité je n'ay plus de souci,
Ceste divine ardeur, je ne l'ay plus auusi,
Et les Muses de moi comme étranges, s'enfuyent.

Les Regrets-6

 

 
 

 

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