ECRIVAINS et ARTISTES

 

 

 

 
RONSARD
1524-1585
LLES OEUVRES 1550 Odes et Bocage.
Les Odes sont consacrées à des thèmes très divers, parmi lesquels l'amour du pays natal tient une large place.
Une nouveauté y apparaît : la recherche systématique de la régularité des strophes, qui permet de les chanter sur le même air; les exigences musicales conduiront à construire les rimes, dans chaque strophe, selon le même modèle.

1552 Les Amours de Cassandre.
Ces poèmes (des sonnets, des chansons, etc...) ont été inspirés par Cassandre Salviati qu'il avait rencontrée à un bal de la cour, à Blois, lorsqu'il avait 20 ans, et elle... 14. Cette toute jeune fille appartenait à une des familles nobles que les troubles de Florence avait contraintes à chercher refuge en France. Mais Ronsard avait dû, pour recevoir les bénéfices ecclésiastiques qui assureraient sa sécurité matérielle, accepter de recevoir les ordres mineurs : tonsuré, il est voué au célibat... Cassandre épousa, en 1546, un gentilhomme vendômois et Ronsard dut se borner à la " servir ", au sens chevaleresque du mot, et fit d'elle l'inspiratrice de sa poésie amoureuse.
1555-1556 Continuation - Nouvelle Continuation des Amours.
La plupart des poèmes de ces recueils furent inspirés par Marie, jeune paysanne de 15 ans, que Ronsard rencontra près de Bourgueil, petite ville aux confins de la Touraine et de l'Anjou. La mort de Marie, très jeune encore (20 ou 21 ans), inspira plusieurs sonnets et élégies.
1555 Les Hymnes

1556 Le Second Livre des Hymnes.
Ces ouvrages montrent que Ronsard poursuivait simultanément la composition d'ouvrages très divers : les Hymnes traitent de sujets philosophiques (par exemple, Hymne de l'Eternité - les Daimons - Hymne de la Philosophie - Hymne de la Mort) et de sujets politiques (par exemple, Hymne de la Justice). Des croyances d'origine celtique s'y mêlent à la mythologie gréco-latine.


1558 Exhortation pour la Paix.
 

1562 Les Discours des Misères de ce temps.,
où Ronsard se montre indigné des malheurs qu'entraînent les haines auxquelles conduisent les fanatismes religieux.


1563 Elégies - Mascarades - Bergeries.
Ronsard insère dans ce recueil les poèmes que lui inspirent la douceur et la paix des travaux et les joies de la vie pastorale.
1565 L'Art poétique
Court texte où Ronsard réfléchit aux techniques de la versification française
..
1572 La Franciade
Epopée savante où Ronsard imagine qu'Astyanax, fils d'Hector, échappé au massacre de Troie, est venu sous le nom de Francion fonder la ville de Paris et le royaume de France.
1578 Sonnets à Hélène.
Poèmes dédiés à Hélène de Surgères, une des filles d'honneur de Catherine de Médicis...
LA VIE    
 
Pierre de Pierre naquit le 11 septembre 1524 au château de la Poissonnière en Vendômois. Son père, Louis de Ronsard, vivait à la cour de François Ier avec les fonctions honorifiques de Maître d'Hôtel du Roi. C'était un gentilhomme cultivé, ouvert à l'esprit nouveau. Lorsque son fils se plaignit de l'ennui qu'il ressentait au collège de Navarre; il l'en retira et le fit venir à la cour, page au service du dauphin, François, puis de son frère Charles, duc d'Orléans, qui le fit passer au service de Jacques Stuart, roi d'Ecosse. Il resta deux ans en Ecosse. De retour en France, Ronsard passa au service de Lazare de Baïf : il commençait une carrière de diplomate...
A 18 ans, écrit Faguet, il " ne savait rien qu'un peu d'anglais et un peu d'italien, mais il avait vu beaucoup de pays et beaucoup de choses, avait des relations mondaines et littéraires les plus distinguées et était un homme de cour parfait. Blond aux yeux bleus, élancé et souple, élégant, joli causeur, danseur charmant, il avait devant lui une admirable carrière d'homme inutile... Elle fut brusquement traversée par un accident. Il devint sourd."...
Courageusement, Ronsard renonça à toute ambition militaire ou diplomatique et chercha à atteindre la notoriété par d'autres voies. Il assura sa vie matérielle en recevant les ordres qui devaient lui permettre d'obtenir des bénéfices ecclésiastiques et de disposer du temps nécessaire pour écrire.
Il fit la connaissance, au Mans, de l'humaniste Jacques Peletier, qui lui fit partager son enthousiasme pour les écrivains de l'antiquité classique et sa conviction qu'il était possible de composer en langue française des oeuvres d'égale valeur.
Pour réaliser ce projet, Ronsard devait reprendre ses études. Lazare de Baïf accepta que le jeune homme suivît les cours qu'il faisait donner à son fils, Jean-Antoine. Ronsard apprit donc le grec sous la direction de l'helléniste Dorat; que les deux jeunes gens suivirent au collège de Coqueret, lorsque Dorat fut nommé Principal de ce collège. Du Bellay les y rejoindra quelque temps après.
Dans un collège voisin, le collège de Boncourt, d'autres jeunes gens poursuivaient, avec le même enthousiasme, la découverte des chefs-d'oeuvre de la littérature grecque et latine : Rémy Belleau, Jodelle. Ils fréquentaient les réunions que Dorat organisait au collège de Coqueret dont il avait fait un centre d'études : ainsi se constitua la Brigade, qui prit le nom de Pléiade vers 1549. La composition du groupe changea plusieurs fois. En firent partie : Ronsard, du Bellay, Jodelle, Baïf, Thyard; puis Peletier du Mans, Remy Belleau, et à la mort de Ronsard, Jean Dorat. En firent partie de façon temporaire, La Peruse, Guillaume des Autels, Amyn...
De 1550 à 1560, Ronsard vécut dans la familiarité de Henri II et de François II. Il devint peu à peu le Prince des poètes : sa gloire littéraire connut sa plus haute notoriété sous Charles IX, de 1560 à 1574. Poète officiel, il devait composer beaucoup de poèmes de circonstances, Mascarades (livrets de ballet), Eglogues (avec des allusions à l'actualité), etc. Il composa des poèmes politiques : Discours sur les misères de ce temps, une épopée, la Franciade.
A partir de 1574 commencèrent les années de tristesse. Ses amis moururent. D'autres poètes acquerront la faveur de la cour. Il mena une vie plus calme, loin de la cour, allant de l'un à l'autre de ses prieurés.
Il mourut au prieuré de Saint-Cosne, le 27 décembre 1585.
 
Quelques jugements sur Ronsard    
  EPITAPHE DE PIERRE DE RONSARD,
enterré en son Prieuré de Saint Cosme prés la ville de tours.

Si Cosme en Grec denote l'univers,
Et que ton nom embelli par tes vers,
Passe bien loin des bornes du Royaume,
Tu ne pouvais choisir manoir plus beau,
Pour te servir, mon Ronsard, de tombeau,
Que ce saint lieu, ainçois que ce Saint Cosme.

 
Quand Pierre de Ronsard nous parle de lui    
  Ronsard a été attaqué par de pamphlets calvinistes.

Tu te plains d'autre-part que ma vie est lascive
En delices, en jeux, en vices excessive
Tu mens meschantement : si tu m'avois suivy
Deux mois, tu sçaurois bien en quel estat je vy;
Or je veux que ma vie en escrit apparoisse,
Afin que pour menteur un chacun te cognoisse.
M'esveillant au matin, devant que faire rien,
J'invoque l'Eternel, le pere de tout bien
Le priant humblement de me donner sa grace
Et que le jour naissant sans l'offenser se passe;
Qu'Il chasse toute secte et tout erreur de moy,
Qu'il me vueille garder en ma premiere foy,
Sans entreprendre rien qui blesse ma province,
Tres-humble observateur des loix et de mon Prince.
Apres je sors du lit et quand je suis vestu, *
Je me range à l'estude et apprens la vertu,
Composant et lisant suivant ma destinée
Qui s'est dés mon enfance aux Muses enclinée
Quatre ou cinq heures seul je m'arreste enfermé;
Puis, sentant mon esprit de trop lire assommé
J'abandonne le livre et m'en vais à l'eglise;
Au retour, pour plaisir, une heure je devise,
De là je viens disner, faisant sobre repas,
Je rends, graces à Dieu; au reste je m'esbas.
Car, si l'aspres-disnée est plaisante et sereine
Je m'en vais promener tantost parmy la plaine,
Tantost en un village, et tantost en un bois,
Et tantost par les lieux solitaires et cois :
J'aime fort les jardins qui sentent le sauvage
J'aime le flot de l'eau qui gazouille au rivage.
Là, devisant sur l'herbe avec un mien amy,
Je me suis par les fleurs bien souvent endormy
A l'ombrage d'un saule ou lisant dans un livre
J'ay cherché le moyen de me faire revivre,
Tout pur d'ambition et des soucis cuisans,
Miserables bourreaux d'un tas de mesdisans
Qui font, comme ravis, les prophetes en France
Pipans les grands seigneurs d'une belle apparence.
Mais quand le Ciel est triste et tout noir d'espesseur,
Et qu'il ne fait aux champs ny plaisant ny bien seur,
Je cherche compagnie, ou je jouë à la prime,
Je voltige ou je saute, ou je lutte ou j'escrime,
Je dy le mot pour rire, et à la verité
Je ne loge chez moy trop de severité.
Puis, quand la nuict brunette a rangé les estoiles,
Encourtinant le ciel et la terre de voiles,
Sans soucy je me couche, et là, levant les yeux
Et la bouche et le coeur vers la voute des cieux,
Je fais mon oraison, priant la Bonté haute
De vouloir pardonner doucement à ma faute;
Au reste, je ne suis ny mutin ny meschant,
Qui fais croire ma loy par le glaive trenchant.
Voilà comme je vy; si ta vie est meilleure
Je n'en suis envieux, et soit à la bonne heure.

Response de Pierre de Ronsard aux injures et calomnies de je ne scay quels predicantereaux et ministreaux de Genève. Publication 1563

 

Ces longues nuits d'hiver, où la Lune ocieuse
Tourne si lentement son char tout à l'entour,
Où le Coq si tardif nous annonce le jour,
Où la nuit est année à l'âme soucieuse :
Je fusse mort d'ennui sans ta forme douteuse,
Qui vient, ô doux remède, alléger mon amour,
Et faisant, toute nue, entre mes mains séjour,
Refraîchit ma chaleur, bien qu'elle soit menteuse.
Vraie, tu es farouche et fière en cruauté :
On jouit de ta feinte en toute privauté.
Près d'elle je m'endors, près d'elle je repose:
Rien ne m'est refusé. Le bon sommeil ainsi
Abuse par le faux mon amoureux souci.
S'abuser en amour n'est pas mauvaise chose.

SECOND LIVRE DES AMOURS D'HELENE Sonnet 41
Inséré dans les OEUVRES de 1578

Je n'ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, denervé, demusclé, depoulpé,
Que le trait de la Mort sans pardon a frappé :
Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble.
Apollon et son fils, deux grans maistres ensemble,
Ne me sçauroient guerir; leur mestier m'a trompé,
Adieu, plaisant Soleil ! mon oeil est estoupé,
Mon corps s'en va descendre où tout se desassemble.
Quel amy me voyant en ce point despouillé
Ne remporte au logis un oeil triste et mouillé
Me consolant au lict et me baisant la face,
En essuiant mes yeux par la Mort endormis ?
Adieu, chers compagnons, adieu mes chers amis !
Je m'en vay le premier vous préparer la place.


Les Derniers vers Publication posthume 1586

 
     
 
RONSARD
1524-1585
LLES OEUVRES 1550 Odes et Bocage.
Les Odes sont consacrées à des thèmes très divers, parmi lesquels l'amour du pays natal tient une large place.
Une nouveauté y apparaît : la recherche systématique de la régularité des strophes, qui permet de les chanter sur le même air; les exigences musicales conduiront à construire les rimes, dans chaque strophe, selon le même modèle.

1552 Les Amours de Cassandre.
Ces poèmes (des sonnets, des chansons, etc...) ont été inspirés par Cassandre Salviati qu'il avait rencontrée à un bal de la cour, à Blois, lorsqu'il avait 20 ans, et elle... 14. Cette toute jeune fille appartenait à une des familles nobles que les troubles de Florence avait contraintes à chercher refuge en France. Mais Ronsard avait dû, pour recevoir les bénéfices ecclésiastiques qui assureraient sa sécurité matérielle, accepter de recevoir les ordres mineurs : tonsuré, il est voué au célibat... Cassandre épousa, en 1546, un gentilhomme vendômois et Ronsard dut se borner à la " servir ", au sens chevaleresque du mot, et fit d'elle l'inspiratrice de sa poésie amoureuse.
1555-1556 Continuation - Nouvelle Continuation des Amours.
La plupart des poèmes de ces recueils furent inspirés par Marie, jeune paysanne de 15 ans, que Ronsard rencontra près de Bourgueil, petite ville aux confins de la Touraine et de l'Anjou. La mort de Marie, très jeune encore (20 ou 21 ans), inspira plusieurs sonnets et élégies.
1555 Les Hymnes

1556 Le Second Livre des Hymnes.
Ces ouvrages montrent que Ronsard poursuivait simultanément la composition d'ouvrages très divers : les Hymnes traitent de sujets philosophiques (par exemple, Hymne de l'Eternité - les Daimons - Hymne de la Philosophie - Hymne de la Mort) et de sujets politiques (par exemple, Hymne de la Justice). Des croyances d'origine celtique s'y mêlent à la mythologie gréco-latine.


1558 Exhortation pour la Paix.
 

1562 Les Discours des Misères de ce temps.,
où Ronsard se montre indigné des malheurs qu'entraînent les haines auxquelles conduisent les fanatismes religieux.


1563 Elégies - Mascarades - Bergeries.
Ronsard insère dans ce recueil les poèmes que lui inspirent la douceur et la paix des travaux et les joies de la vie pastorale.
1565 L'Art poétique
Court texte où Ronsard réfléchit aux techniques de la versification française
..
1572 La Franciade
Epopée savante où Ronsard imagine qu'Astyanax, fils d'Hector, échappé au massacre de Troie, est venu sous le nom de Francion fonder la ville de Paris et le royaume de France.
1578 Sonnets à Hélène.
Poèmes dédiés à Hélène de Surgères, une des filles d'honneur de Catherine de Médicis...
LA VIE    
 
Pierre de Pierre naquit le 11 septembre 1524 au château de la Poissonnière en Vendômois. Son père, Louis de Ronsard, vivait à la cour de François Ier avec les fonctions honorifiques de Maître d'Hôtel du Roi. C'était un gentilhomme cultivé, ouvert à l'esprit nouveau. Lorsque son fils se plaignit de l'ennui qu'il ressentait au collège de Navarre; il l'en retira et le fit venir à la cour, page au service du dauphin, François, puis de son frère Charles, duc d'Orléans, qui le fit passer au service de Jacques Stuart, roi d'Ecosse. Il resta deux ans en Ecosse. De retour en France, Ronsard passa au service de Lazare de Baïf : il commençait une carrière de diplomate...
A 18 ans, écrit Faguet, il " ne savait rien qu'un peu d'anglais et un peu d'italien, mais il avait vu beaucoup de pays et beaucoup de choses, avait des relations mondaines et littéraires les plus distinguées et était un homme de cour parfait. Blond aux yeux bleus, élancé et souple, élégant, joli causeur, danseur charmant, il avait devant lui une admirable carrière d'homme inutile... Elle fut brusquement traversée par un accident. Il devint sourd."...
Courageusement, Ronsard renonça à toute ambition militaire ou diplomatique et chercha à atteindre la notoriété par d'autres voies. Il assura sa vie matérielle en recevant les ordres qui devaient lui permettre d'obtenir des bénéfices ecclésiastiques et de disposer du temps nécessaire pour écrire.
Il fit la connaissance, au Mans, de l'humaniste Jacques Peletier, qui lui fit partager son enthousiasme pour les écrivains de l'antiquité classique et sa conviction qu'il était possible de composer en langue française des oeuvres d'égale valeur.
Pour réaliser ce projet, Ronsard devait reprendre ses études. Lazare de Baïf accepta que le jeune homme suivît les cours qu'il faisait donner à son fils, Jean-Antoine. Ronsard apprit donc le grec sous la direction de l'helléniste Dorat; que les deux jeunes gens suivirent au collège de Coqueret, lorsque Dorat fut nommé Principal de ce collège. Du Bellay les y rejoindra quelque temps après.
Dans un collège voisin, le collège de Boncourt, d'autres jeunes gens poursuivaient, avec le même enthousiasme, la découverte des chefs-d'oeuvre de la littérature grecque et latine : Rémy Belleau, Jodelle. Ils fréquentaient les réunions que Dorat organisait au collège de Coqueret dont il avait fait un centre d'études : ainsi se constitua la Brigade, qui prit le nom de Pléiade vers 1549. La composition du groupe changea plusieurs fois. En firent partie : Ronsard, du Bellay, Jodelle, Baïf, Thyard; puis Peletier du Mans, Remy Belleau, et à la mort de Ronsard, Jean Dorat. En firent partie de façon temporaire, La Peruse, Guillaume des Autels, Amyn...
De 1550 à 1560, Ronsard vécut dans la familiarité de Henri II et de François II. Il devint peu à peu le Prince des poètes : sa gloire littéraire connut sa plus haute notoriété sous Charles IX, de 1560 à 1574. Poète officiel, il devait composer beaucoup de poèmes de circonstances, Mascarades (livrets de ballet), Eglogues (avec des allusions à l'actualité), etc. Il composa des poèmes politiques : Discours sur les misères de ce temps, une épopée, la Franciade.
A partir de 1574 commencèrent les années de tristesse. Ses amis moururent. D'autres poètes acquerront la faveur de la cour. Il mena une vie plus calme, loin de la cour, allant de l'un à l'autre de ses prieurés.
Il mourut au prieuré de Saint-Cosne, le 27 décembre 1585.
 
Quelques jugements sur Ronsard    
  EPITAPHE DE PIERRE DE RONSARD,
enterré en son Prieuré de Saint Cosme prés la ville de tours.

Si Cosme en Grec denote l'univers,
Et que ton nom embelli par tes vers,
Passe bien loin des bornes du Royaume,
Tu ne pouvais choisir manoir plus beau,
Pour te servir, mon Ronsard, de tombeau,
Que ce saint lieu, ainçois que ce Saint Cosme.

 
Quand Pierre de Ronsard nous parle de lui    
  Ronsard a été attaqué par de pamphlets calvinistes.

Tu te plains d'autre-part que ma vie est lascive
En delices, en jeux, en vices excessive
Tu mens meschantement : si tu m'avois suivy
Deux mois, tu sçaurois bien en quel estat je vy;
Or je veux que ma vie en escrit apparoisse,
Afin que pour menteur un chacun te cognoisse.
M'esveillant au matin, devant que faire rien,
J'invoque l'Eternel, le pere de tout bien
Le priant humblement de me donner sa grace
Et que le jour naissant sans l'offenser se passe;
Qu'Il chasse toute secte et tout erreur de moy,
Qu'il me vueille garder en ma premiere foy,
Sans entreprendre rien qui blesse ma province,
Tres-humble observateur des loix et de mon Prince.
Apres je sors du lit et quand je suis vestu, *
Je me range à l'estude et apprens la vertu,
Composant et lisant suivant ma destinée
Qui s'est dés mon enfance aux Muses enclinée
Quatre ou cinq heures seul je m'arreste enfermé;
Puis, sentant mon esprit de trop lire assommé
J'abandonne le livre et m'en vais à l'eglise;
Au retour, pour plaisir, une heure je devise,
De là je viens disner, faisant sobre repas,
Je rends, graces à Dieu; au reste je m'esbas.
Car, si l'aspres-disnée est plaisante et sereine
Je m'en vais promener tantost parmy la plaine,
Tantost en un village, et tantost en un bois,
Et tantost par les lieux solitaires et cois :
J'aime fort les jardins qui sentent le sauvage
J'aime le flot de l'eau qui gazouille au rivage.
Là, devisant sur l'herbe avec un mien amy,
Je me suis par les fleurs bien souvent endormy
A l'ombrage d'un saule ou lisant dans un livre
J'ay cherché le moyen de me faire revivre,
Tout pur d'ambition et des soucis cuisans,
Miserables bourreaux d'un tas de mesdisans
Qui font, comme ravis, les prophetes en France
Pipans les grands seigneurs d'une belle apparence.
Mais quand le Ciel est triste et tout noir d'espesseur,
Et qu'il ne fait aux champs ny plaisant ny bien seur,
Je cherche compagnie, ou je jouë à la prime,
Je voltige ou je saute, ou je lutte ou j'escrime,
Je dy le mot pour rire, et à la verité
Je ne loge chez moy trop de severité.
Puis, quand la nuict brunette a rangé les estoiles,
Encourtinant le ciel et la terre de voiles,
Sans soucy je me couche, et là, levant les yeux
Et la bouche et le coeur vers la voute des cieux,
Je fais mon oraison, priant la Bonté haute
De vouloir pardonner doucement à ma faute;
Au reste, je ne suis ny mutin ny meschant,
Qui fais croire ma loy par le glaive trenchant.
Voilà comme je vy; si ta vie est meilleure
Je n'en suis envieux, et soit à la bonne heure.

Response de Pierre de Ronsard aux injures et calomnies de je ne scay quels predicantereaux et ministreaux de Genève. Publication 1563

 

Ces longues nuits d'hiver, où la Lune ocieuse
Tourne si lentement son char tout à l'entour,
Où le Coq si tardif nous annonce le jour,
Où la nuit est année à l'âme soucieuse :
Je fusse mort d'ennui sans ta forme douteuse,
Qui vient, ô doux remède, alléger mon amour,
Et faisant, toute nue, entre mes mains séjour,
Refraîchit ma chaleur, bien qu'elle soit menteuse.
Vraie, tu es farouche et fière en cruauté :
On jouit de ta feinte en toute privauté.
Près d'elle je m'endors, près d'elle je repose:
Rien ne m'est refusé. Le bon sommeil ainsi
Abuse par le faux mon amoureux souci.
S'abuser en amour n'est pas mauvaise chose.

SECOND LIVRE DES AMOURS D'HELENE Sonnet 41
Inséré dans les OEUVRES de 1578

Je n'ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, denervé, demusclé, depoulpé,
Que le trait de la Mort sans pardon a frappé :
Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble.
Apollon et son fils, deux grans maistres ensemble,
Ne me sçauroient guerir; leur mestier m'a trompé,
Adieu, plaisant Soleil ! mon oeil est estoupé,
Mon corps s'en va descendre où tout se desassemble.
Quel amy me voyant en ce point despouillé
Ne remporte au logis un oeil triste et mouillé
Me consolant au lict et me baisant la face,
En essuiant mes yeux par la Mort endormis ?
Adieu, chers compagnons, adieu mes chers amis !
Je m'en vay le premier vous préparer la place.


Les Derniers vers Publication posthume 1586

 
 

 

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