ECRIVAINS et ARTISTES

 

 

 
SCEVE
 
LLES OEUVRES


1532 Flamecte

Traduction d'un roman espagnol
1544 Délie, objet de plus haulte vertu
A la manière du Canzioniere que Pétrarque avait consacré à Laure, c'est un recueil de poèmes (149 dizains) dédié à une seule femme, dont le nom, anagramme de l'idée, traduit le thème : le passage d'une passion charnelle inassouvie pour un amour plus spirituel; le rôle de l'Amour, pour le perfectionnement de l'âme, lorsqu'il conduit à la contemplation de la Beauté dont celle de la femme aimée n'est que le reflet terrestre,
1547 La Saulsaye, églogue de la vie solitaire
Il y oppose la vie à la campagne, ses plaisirs simples et frugaux, la solitude d'une vie contemplative proche de la Nature et la vie citadine, sa précipitations, ses tracas, ses vanités...
1562 Le Microcosme

un grand poème scientifique et théologique, où suivant l'ordre chronologique biblique - de la création du Monde aux temps modernes, il retrace l'histoire de l'humanité, dont l'effort continu parviendra - avec l'accord de Dieu - à reconstruire le Paradis originel, détruit par la faute du premier homme.
LA VIE  
 

Maurice Scève naquit à Lyon vers 1500. Son père était un haut magistrat; il lui fit donner une solide instruction, incluant grec et latin et un doctorat de droit et lui fit obtenir un bénéfice ecclésiastique. D'apparence chétive, petit, laid, peut-être même bossu, le jeune homme vécut une vie dédiée à l'étude et à la méditation, dont il ne sortit guère que pour participer - selon la tradition familiale - à la gestion de ville, mais occasionnellement, par exemple lorsqu'il fallait organiser des fêtes pour célébrer l'entrée dans la ville de personnages importants.
Il acquit une petite notoriété littéraire lorsque des recherches furent organisées pour trouver le tombeau de Laure, chantée par Pétrarque et qu'on crut qu'il l'avait retrouvé; renommée confirmée par Flamecte, traduction d'un roman espagnol inspiré d'une nouvelle de Boccace, par l'envoi à la Cour de Ferrare de Blasons, genre que Marot avait remis à la mode, et par l'insertion de plusieurs texte poétiques dans le recueil de poèmes composés à l'occasion de la mort du dauphin François, réunis et publiés par Dolet en 1536.
C'est vers cette époque qu'il fit la connaissance de Pernette du Guillet, et qu'il éprouva pour elle un amour profond et durable : il a déjà quarante ans, elle en a vingt... Jamais Scève ne la nommera, mais Pernette, flattée, révèlera cet amour. Pernette sera mariée par sa famille au Sieur du Guillet, mais vivra avec son poète un amour qui devra rester platonique jusqu'à sa mort, en pleine jeunesse (1544). La Délie paraît en 1545. Puis Scève s'éloigne du monde et compose dans la retraite La Saulsaye, églogue de la vie solitaire, et le Microcosme publié anonymement en 1562.
Depuis lors, nous n'avons aucune information sur le poète : il est donc impossible de dater sa mort avec certitude.
 
Quelques jugements sur Scève    
 
" Scève avait choisi la retraite pour scruter les profondeurs de son être et donc de l'homme en général, facilitant sa réflexion par la contemplation d'une nature amie. Il fut tiré de ses méditations par une expérience passionnelle qui le tourmenta, le déchira, mais lui permit d'aller plus avant. Poète de l'amour, il est écartelé par ce qu'il sent en lui de trop humain, auquel il ne veut ni céder, ni renoncer, et ses élans vers l'idéal purificateur. Poète de la nature, il vibre et s'enchante au spectacle de scènes ou de paysages familiers : jamais lassé par son Fourvière ou son Ile Barbe, il renonce aisément au vain travail de voir divers pays. Poète de la connaissance enfin, Scève veut enfermer en un poème épique toute l'aventure humaine : s'il n'y parvient qu'imparfaitement, ce n'est pas faute d'idées ou de fermeté de pensée, mais parce que l'instrument poétique s'y refuse parfois et le trahit. Il lui reste tout l'honneur de ses entreprises et de leurs réussites partielles , mais grandioses. "
Littérature française La Renaissance I Ed. Arthaud p. 288

 
Quand Maurice Scève nous parle de lui    
 

XLIII

Moins je la vois, certes plus je la hais;
Plus je la hais, et moins elle me fasche.
Plus je l'estime, et moins compte j'en fais;
Plus je la fuis, plus veux qu'elle me sache.
En un moment deux divers traits me lâche
Amour et haine, ennui avec plaisir.
Forte est l'amour qui lors vient me saisir,
Quand haine vient et vengeance me crie :
Ainsi me fait haïr mon vain désir
Celle pour qui mon coeur toujours me prie


XLVI

Si le désir, image de la chose
Que plus on ayme, est du coeur le miroir,
Qui toujours fait par memoire apparoir
Celle où l'esprit de ma vie repose.
A quelle fin mon vain vouloir propose
De m'esmoigner de ce qui plus me suyt ?
Plus fuit le Cerf, et plus on le poursuyt,
Pour mieux le rendre aux rhetz de servitude :
Plus je m'absente et plus le mal s'ensuyt
De ce doux bien, Dieu de l'amaritude.

Maurice Scève Delie 1544

 

 

 

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