| AMYOT : Vies des hommes illustres (traduction des Vies parallèles de PLUTARQUE) |
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le conseil des vieilles gens est grandement estimé, pource qu'ayans vescu
longuement, il est force qu'ilz ayent beaucoup veu ; et si ceulx qui ont longuement
voyagé en païs estranges, qui se sont trouvez en beaucoup d'affaires, et ont
grande experience des choses de ce monde, sont reputez sages, et dignes à qui
l'ont mette en main les resnes des grands gouvernements : combien fait à estimer
la lecture des histoires, qui en un seul jour nous peut fournir plus d'exemples
que ne sçauroit faire le cours entier de la plus longue vie d'un homme ? Tellement
que ceulx qui sont exercitez à la lire ainsi qu'il appartient, encore qu'ilz
soient jeunes, deviennent., quant à l'intelligence des affaires du monde, telz
que s'ilz estoyent vieux et chenus, et n'ayans jamais bougé de leurs maisons,
sont aussi advertis, informez et instruits de tout ce qui est par le monde,
que ceulx qui avec travaux innumerables et dangers infinis ont abbregé leurs
jours à courir toute la terre habitable : comme au contraire ceulx qui sont
ignorans des choses faites ou advenues avant qu'ilz fussent nez, quoy qu'ilz
soient surangez, demeurent tousjours enfans, et dedans le propre païs de leur
naissance sont en pareille condition que les estrangers.
Brief, il se peut veritablementl dire que la lecture des histoires est une eschole de prudence, que l'homme se forme en son entendement, en considerant meurement l'estat du monde qui a esté par le passé, et observant diligemment par quelles loix, quelles moeurs et quelle discipline, les empires, royaumes et seigneuries se sont jadis premierement establies, et depuis maintenues et grandies, ou au contraire changées, diminuées et perdues.