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Sibylle Erythrée, devineresse dont les oracles étaient
aussi célèbres dans le monde grec que ceux de la Sibylle
de Cumes, est représentée dans ce livre d'heures réalisé
par Jean Colombe au XVe siècle : un psaume, le Dies irae,
la considère comme ayant annoncé prophétiquement
la naissance du Christ : "Teste David cum Sibylla". L'intention
apologétique est évidente : Juifs(David) et païens
(Sybilla) ont annoncé prophétiquement la naissance du
Christ.
Joachim du Bellay fait allusion à la Sibylle Erythrée
dans Défense et Illustration de la Langue française,
mais dans une perspective bien différente : parlant, dans le
chapitre 8 du second livre de l'anagrammatisme, genre littéraire
existant chez les Grecs et les Romains, il veut montrer qu'il est possible
dans notre langue, cette langue qu'il veut à la fois défendre
contre le latin et illustrer en l'utilisant pour écrire
des oeuvres aussi belles que celles de l'antiquité. Selon un
évêque grec, Eusèbe, affirme du Bellay, la Sybille
Erythrée avait prophétisé la naissance du Christ
en plaçant au début des vers dans lesquelles elle rendait
ses oracles chacune des lettres qui composent le nom du futur sauveur
: J E S U S C H R I S T US SERVATOR CRUX. L'exemple de la Sibylle n'est
plus cité par du Bellay pour l'édification des Chrétiens,
mais pour démontrer que les "bonnes lettres" avaient
été florissantes dans les Gaules, puisque déjà
s'y pratiquait ce genre littéraire...