|
LA
RENAISSANCE : une nouvelle attitude devant l'Antiquité
Un respect nouveau pour la pensée de l'Antiquité |
| Montaigne |
e
premier goust que j'eus aux livres, il me vint du plaisir des fables de la Metamorpbose
d'Ovide. Car, environ l'aage de sept ou huict ans, je me desrobois de tout
autre plaisir pour les lire; d'autant que cette langue estoit la mienne maternelle,
et que c'estoit le plus aysé livre que je cogneusse, et le plus accommodé
à la foiblesse de mon aage, à cause de la matiere. Car des Lancelots
du Lac, des Amadis, des Huons de Bordeaus et tel fatras de
livres à quoy l'enfance s'amuse, je n'en connoissois pas seulement le
nom, ny ne fais encore le corps, tant exacte estoit ma discipline. Je m'en rendois
plus nonchalant à l'estude de mes autres leçons prescriptes. Là,
il me vint singulierement à propos d'avoir affaire à un homme
d'entendement de precepteur, qui sçeut dextrement conniver à cette
mienne desbauche, et autres pareilles. Car, par là, j'enfilay tout d'un
train Vergile en l'AEneide, et puis Terence, et puis Plaute, et des comedies
Italienes, lurré tousjours par la douceur du subject. S'il eut esté
si fol de rompre ce train, j'estime que je n'eusse raporté du college
que la haine des livres, comme fait quasi toute nostre noblesse. Il s'y gouverna
ingenieusement. Faisant semblant de n'en voir rien, il aiguisoit ma faim, ne
me laissant que à la desrobée gourmander ces livres, et me tenant
doucement en office pour les autres estudes de la regle.