LA RENAISSANCE : une nouvelle attitude devant l'Antiquité

Un combat nouveau : défendre la langue française
Pasquier Lettres        
     
 
A Monsieur de Tournebu professeur du Roy es lettres grecques en l'Université de Paris
 
 
t bien vous estes doncques d'opinion que c'est perte de temps et de papier de rediger nos conceptions en nostre vulgaire pour en faire part au public : estant d'advis que notre langage est trop bas pour recevoir de nobles inventions, ains seulement destiné pour le commerce de nos affaires domestiques ; mais que si nous couvons rien de beau dedans nos poictrines il le faut exprimer en latin. Quant à moy je seray toujours pour le party de ceux qui favoriseront leur vulgaire et estimerai que nous ferons renaître le siècle d'or lorsque, laissant ces opinions bâtardes d'affectionner choses étranges, nous userons de ce qui nous est naturel et croît entre nous, sans mainmettre. Quoy ? Nous porterons donc le nom de François, c'est à dire, de francs & libres, & neanmoins nous asservirions nos esprits sous une parole aubaine ? N'avons-nous les dictions aussi propres, la commodité de bien dire, aussi bien que cet ancien Romain, lequel mêmement ne nous a laissé que quelques livres en petit nombre, par le moyen desquels nous puissions avoir connaissance de sa langue? J'ajoute que les dignités de notre France, les instruments militaires, les termes de notre pratique, bref la moitié des choses dont nous usons aujourd'hui sont changées, et n'ont aucune communauté avec le langage de Rome. Et en cette mutation, vouloir exposer en latin ce qui ne fut jamais latin, c'est en voulant faire le docte n'être pas beaucoup avisé

 
     
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