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bien vous estes doncques d'opinion que c'est perte de temps et de papier
de rediger nos conceptions en nostre vulgaire pour en faire part au
public : estant d'advis que notre langage est trop bas pour recevoir
de nobles inventions, ains seulement destiné pour le commerce
de nos affaires domestiques ; mais que si nous couvons rien de beau
dedans nos poictrines il le faut exprimer en latin. Quant à moy
je seray toujours pour le party de ceux qui favoriseront leur vulgaire
et estimerai que nous ferons renaître le siècle d'or lorsque,
laissant ces opinions bâtardes d'affectionner choses étranges,
nous userons de ce qui nous est naturel et croît entre nous, sans
mainmettre. Quoy ? Nous porterons donc le nom de François, c'est
à dire, de francs & libres, & neanmoins nous asservirions
nos esprits sous une parole aubaine ? N'avons-nous les dictions aussi
propres, la commodité de bien dire, aussi bien que cet ancien
Romain, lequel mêmement ne nous a laissé que quelques livres
en petit nombre, par le moyen desquels nous puissions avoir connaissance
de sa langue? J'ajoute que les dignités de notre France, les
instruments militaires, les termes de notre pratique, bref la moitié
des choses dont nous usons aujourd'hui sont changées, et n'ont
aucune communauté avec le langage de Rome. Et en cette mutation,
vouloir exposer en latin ce qui ne fut jamais latin, c'est en voulant
faire le docte n'être pas beaucoup avisé
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