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LA
RENAISSANCE : une nouvelle attitude devant l'Antiquité
Un combat nouveau : défendre la langue française |
| Jacques Tahureau | |
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(...) D'avoir la connoissance
des langues, c'est une chose fort louable, mais d'autant plus vicieuse
à ceux qui s'en font si profonds admirateurs qu'ils en deprizent
la leur, et principalement quand ils ont chez eux mesmes une langue
autant recommandable que peuvent estre celles des estrangers, ainsi
que nous avons la nostre, l'une des plus belles langues qui se parla
jamais, quoyque tels importuns desgorgeurs de latin en vueillent japer,
au contraire alleguans, pour fortifier leur opinion je ne sçay
combien de manieres de parler latines que nous ne sçaurions rendre
mot pour mot en nostre langue. Mais pour un traict de ceste sorte qu'ils
mettront en jeu, il est aisé de leur en alleguer une infinité
d'autres en Françoys qu'il est impossible de rendre en la langue
Latine avec la mesme grâce qu'ils ont en la nostre. Ce que je
dy de la langue Latine, je l'entens aussi bien dire de la langue Grecque
et de toute autre telle que ces opiniastres langars vouldront haut-louer
pardessus la Françoyse. Jamais langue n'exprima mieux les conceptions
de l'esprit que fait la nostre ; jamais langue ne fut plus douce à
l'oreille et plus coulante que la Françoyse ; jamais langue n'eut
les termes plus propres que nous en avons en Françoys. Et diray
davantage que jamais la langue Grecque ni Latine ne furent si riches
ni tant abondantes en mots qu'est la nostre, ce qui se pourroit aisement
prouver par dix mille choses inventées que nous avons aujourd'hui,
chacune avec ses mots et termes propres, dont les Grecz ni les les Latins
n'ouirent jamais seulement parler ; tant s'en faut-il qu'ils nous surpassent
en richesse de parole ou d'inventions.
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Jacques
Tahureau, Oraison,(1555) |
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