LA RENAISSANCE : une nouvelle attitude devant l'Antiquité

Un combat nouveau : défendre la langue française
Jacques Peletier du Mans s

 

e nombreux ouvrages consacrés à l'orthographe sont publiés : celui de Jacques Peletier du Mans Dialogue de l'orthografe et prononciacion Françaese (première édition 1550) auquel le grammairien Meigret répond de façon acerbe l'année même, controverse continuée dans la réédition du Dialogue en 1555; controverse interminable parce que le principe même de la réforme n'était pas défini : les auteurs ne parviennent pas à choisir entre une orthographe phonétique qui rendrait l'orthographe plus proche de la prononciation, et une orthographe étymologique, rappelant par des lettres ajoutées mais non prononcées le mot d'origine latine ou grecque. Or la prononciation de toute langue vivante est changeante : nous reproduisons en fac simile une page de l'ouvrage où Peletier a mis en pratique sa réforme : c'est la prononciation du XVIe qui a été transcrite, or notre prononciation a changé, ce qui rend le texte difficilement compréhensible, alors que nous lisons sans problème les textes des écrivains qui ont conservé l'orthographe dont nous nous servons encore aujourd'hui. Quant à l'autre problème, celui des lettres qu'on ne prononce plus, ou qui n'ont jamais été prononcées, il complique l'établissement d'une orthographe commune, puisque qu'aucune règle ne permet de savoir quelles lettres ajouter lorsque l'on veut montrer la prestigieuse parenté d'un mot français avec le mot latin ou grec correspondant.
De plus, Jacques Peletier s'aperçoit vite que les Français sont habitués à leur orthographe et peu disposés à en changer. C'est ce qu'il avoue par la bouche d'un des personnages qu'il fait dialoguer :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Ceux qui entreprennent de corriger notre orthographe - autant que je puis connaître leur intention et fantaisie - ne tendent à autre fin qu'à rapporter l'écriture à la prononciation, et, par ce moyen, ils tâchent à en ôter la superfluité abusive qu'ils disent y être; et en ce faisant il faut que ce qu'ils veulent faire soit en faveur des Français ou des étrangers, ou bien peut-être de tous deux. S'ils le font en faveur des Français, il m'est avis qu'ils ne leur font pas si grand plaisir comme ils le pensent, car les Français, pour être de si longtemps accoutumés, assurés et confirmés en la mode d'écrire qu'ils tiennent de présent, sans jamais avoir entendu parler de plainte ni de reforme aucune, se trouveront tout ébahis et penseront qu'on se veut moquer d'eux de la leur vouloir ainsi ôter tout d'un coup; Et non sans cause, parce que l'écriture est autant commune entre les hommes après la parole qu'aucun autre art, exercice ou habileté qui soit en leur maniment. La première chose qu'on montre aux petits enfants, quand ils commencent à parler, c'est à lire, puis à former leurs lettres. Il n'y a profession ni métier qui n'invite son homme à apprendre à écrire, parce que c'est indispensable. Les femmes elles-mêmes qui n'en ont bonnement rien à faire, puisque elles ont mari ou domestiques pour les suppléer en écrivant pour elles, toutefois veulent savoir écrire par une curiosité naturelle que chacun à d'écrire. Maintenant si vous introduisez une nouvelle façon d'orthographe il faut qu'à toutes sortes de gens, en particulier à ceux qui estiment que la voie commune est la seule et la meilleure qu'on doive tenir, il faut, dis-je, que vous leur ôtiez ainsi la plume des mains ou, ce qui ne vaut guère mieux, que vous les mettiez à recommencer : tellement qu'au lieu de les gratifier, vous les mettrez en peine de désapprendre une chose qu'ils trouvent bonne et aisée, pour en apprendre une longue, fâcheuse et difficile et qui ne leur pourra apporter que confusion, erreur et obscurité."

Quant aux étrangers, il n'est pas certain qu'ils soient davantage satisfaits de ces changements : (et nous apprenons ainsi que la langue française, avait au XVIe siècle une large diffusion, developpée par le prestige et la qualité des textes mis en musique : le XVIe siècle est le "siècle d'or de la chanson française", chantée dans toute l'Europe).

 

Comme ce mot temps, en y mettant un "p" , on entend soudain qu'il vient de tempus, item advocat, en y laissant un "d" on fait connaître qu'il vient de advocatus... Et si vous ôtez le "g" de loing, comment faire comprendre qu'il vient de longe ? Et outre cela encore le renom, la conversation, l'alliance et ce qui n'est à omettre, le trafic qu'ont les Français avec toutes nations, rendent la langue non seulement désirable, mais encore nécessaire à tous peuples. On sait qu'au pays d'Artois et de Flandres, ils tiennent toujours l'usance de la langue et y plaident leurs causes et y font leurs écritures et procédures en français. En Angleterre, au moins entre les princes et en leurs cours, ils parlent français en tous leurs propos. En Espagne, on y parle ordinairement français dans les lieux les plus célèbres. En la cour de l'Empereur on n'use pas d'autre langage que français. Que dirai-je de l'Italie où la langue française est toute commune ? "

 

De nombreuses grammaires sont publiées, par exemple, celle de Robert Estienne, celles de Jean Garnier en 1558, d'Abel Mathieu en 1559, de Pierre Ramuz en 1562, de Jean Pillot en 1584..
Mais très vite les contestations qui s'élèvent contre ceux qui veulent régenter la langue montrent à quel point il est difficile d'imposer "certaine Reigle" (une règle certaine = incontestable) comme le souhaitait Tory.
‹‹‹ Retour