LA RENAISSANCE : une nouvelle attitude devant l'Antiquité

Un combat nouveau : défendre la langue française
TORY : extrait du Champfleury

ory renonce à dire qui a le premier inventé les lettres, faute d'historiens fiables, et se contente de relater que, selon les Chroniques de France, c'est Charlemagne qui fit venir les savants qui fondèrent l'Université de Paris. Mais Tory suppose que la connaissance de l'écriture est bien antérieure à la conquête de la Gaule d'abord par les Romains puis par les Francs (Charlemagne) : il affirme que les Celtes (lesGaulois) savaient écrire

C'est à ce propos qu'apparaît la notion d'ethnocide : les conquérants ne se contentent pas de tuer un peuple (génocide); ils veulent détruire une culture, avec sa langue, ses croyances, sa mémoire collective ( ethnocide)

 

Mais je n'ai aucune réticence à admettre qu'il y eut antérieurement pratique de lecture & d'écriture. Longtemps avant que Jules César vint en France, les Philosophes nommés Druides étaient au territoire de Chartres, en un lieu qu'on appelle encore aujourd'hui Dreux, et ils enseignaient tous ceux qui s'y rendaient en leur faisant apprendre par coeur d'innombrables milliers de vers. Je ne puis bonnement ici dire avec certitude en quelle sorte de lettres ils enseignaient : si c'était en caractères Hébraïques, Grecs, Latins ou Français; mais il semble cependant que c'était en caractères grecs, comme en témoigne César au sixième livre de ses Commentaires, et comme l'indique également le fait que leur nom : Druidai (druide) est grec. Je puis aussi supposer que les lettres hébraïques étaient déjà utilisées, car j'ai vu une grande pierre en l'hôtel de Fécamp, situé dans l'université de Paris, où sont gravées en hébreu, de façon correcte, plusieurs lettres hébraïques. De même, j'ai vu deux autres pierres gravées elles aussi en Hébreu, sur la muraille de la cour de la maison où pend l'enseigne de Trois boites, située rue de la Harpe, juste en face de l'extrémité de la rue du Foin. J'en ai vu aussi une autre près des Cordeliers, que l'on a trouvée là où est à présent édifiée une maison neuve, entre la porte de l'Université débouchant à saint Germain des Prés et les Cordeliers et, actuellement, la pierre ayant été retaillée, la moitié de l'inscription est encore visible. Un égout se déverse au-dessus. Je suis certain qu'il en existe beaucoup d'autres que je n'ai pas pu voir, probablement encore cachées dans le sol sous les maisons.

Les bonnes lettres hébraïques et grecques furent abolies par Jules César. Car lui et les Romains étaient si avides de se procurer de la gloire qu'ils ne se contentaient pas de vaincre les royaumes et les nations, mais, en détruisant lois, coutumes, usages et toutes autres bonnes choses, en démolissant épitaphes et sépulcres, ils voulaient que leurs victoires et arrogances ne soient gardées en mémoire que par leurs lettres latines croyant surpasser la langue grecque, ce qu'ils n'ont pas pu faire parce que la langue grecque est mieux agencée de sorte qu'elle est sans comparaison plus fertile, plus abondante et florissante que leur langue latine.

Dans tous les domaines, ce sont les Grecs qui furent les initiateurs et les maîtres des Latins.

Tory, Champfleury : transposition en français actuel

Champfleury 1529 Premier Livre feuillet V verso