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L'HERCULE GAULOIS
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ne
" preuve " parmi d'autres de l'excellence du français,
c'est qu'il donne à ceux qui les parle, les Français,
une grande facilité de parole : "Nous sommes de nostre
nature entre toutes les autres Nations, faconds", affirme Tory
dès les premières pages de son Champfleury, (1529)
justifiant cette affirmant en citant un auteur latin, Pomponius Mela,
qui écrivit au premier siècle ap. J.-C, que "Les
François sont faconds & beaux parleurs de leur nature".
Puis Tory, après avoir fait référence aux "Poetes
& Orateurs latins pour monstrer qu'avons ung don de grace en nostre
beau langage" poursuit sa démonstration en citant des
écrivains grecs, en particulier "Lucian Orateur et Philosophe
Grec" dont le de Hercule Gallico avait été
récemment traduit du grec en latin par Erasme. Après
avoir reproduit le texte latin d'Erasme, Tory en donne la traduction.
Nous apprenons ainsi que ce Lucien, écrivain grec du IIe siècle
après J.-C. fut intrigué par la représentation
d'Hercule en Gaule : il avait l'apparence d'un vieillard et il était
suivi d'hommes dont les oreilles étaient attachées à
sa langue par une chaîne d'or.
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"Mais
je n'ai pas encore dit ce qui était très singulièrement
nouveau et admirable en cette image. Certes, ce vieil Hercule tire
après lui une étonnante multitude d'hommes et de femmes
tous attachés un à un par l'oreille : leurs liens étaient
de petites chaînes d'or et d'ambre bien faites et semblables
à des carcans. Et bien qu'ils soient tous tirés et menés
par ces fragiles chaînes, aucun d'entre eux, cependant, ne voulait
reculer, bien qu'ils l'aient pu aisément, s'ils l'avaient voulu.
Ils ne reculent point, ni ne résistent en s'arqueboutant vers
l'arrière, au contraire, tous, allègres et joyeux, le
suivent, sous le charme. Tous, de leur plein gré se hâtent
de le suivre, et en laissant leurs liens lâches, font en sorte
de marcher plus rapidement que lui, comme s'ils ne souhaitaient pas
être détachés. Et certes il ne me déplaît
pas de dire que ce qui semblait le plus incongru, c'est sans aucun
doute ceci : le peintre, ne trouvant pas l'endroit où attacher
l'extrémité de ces chaînes, du fait que la main
droite d'Hercule tenait la massue, et la main gauche l'arc, perça
la langue du dieu Hercule, pour y attacher toutes ces chaînes,
et représenta tous ces hommes et femmes tirés par Hercule.
Hercule tournait son visage et sa vue vers ceux qu'il menait, en leur
témoignant par son attitude, amabilité et bonnes grâces.
Tory Champfleury 1529 Premier Livre
feuillet II verso
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Lucien
raconte qu'il regardait, très intrigué, lorsqu'un druide,
voyant son étonnement, lui donna le sens de la scène représentée
: elle montrait que chez les Gaulois, Hercule n'était pas le
dieu de la force, mais celui de l'éloquence.
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..."Car
nous autres, Français nous estimons que quoi que fasse Hercule,
il le fait par sa facondité et beau langage, comme un sage
qui sait persuader en soumettant à lui ceux qu'il veut. Les
flèches de la trousse symbolisent ses arguments, elles sont
aiguës pénétrantes et légères pour
transpercer nos sentiments et volontés. Vous, Grecs, dites
bien que la paroles sont comme des flèches garnies de plumes."
C'est ainsi que le Français philosophe acheva. Il était,
selon toute évidence, un de ces druides que les bons auteurs
mentionnent souvent. Lucien, par l'intermédiaire
de cette fable, dit que notre langage est si gracieux que, s'il est
parlé par quelqu'un d'avisé, plein de sagesse et d'âge,
il a une grande efficacité et persuade plus rapidement et mieux
que le grec et le latin. Les Latins et les Grecs le reconnaissent
quand ils avouent que cet Hercule était Hercule Gallicus, et
non pas Hercules Latinus, ni Hercules Graecus. J'ai
moi-même vu cette scène représentée en
riche peinture à Rome, près de la tour sanguine, près
de l'Eglise Saint-Louis.
Tory Champfleury 1529 Premier Livre feuillet III
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C'est
de cette scène et du texte de Lucien que s'est inspiré
Tory dans cette gravure :
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L'Eloquence l'emporte sur la
force
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HERCULE
GAULOIS |