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asquier,
après avoir montré que la langue française peut
rivaliser avec le latin pour écrire des oeuvres comparables avec
celles de l'Antiquité, et cela dans les domaines les plus sérieux,
consacre plusieurs chapitres pour prouver, exemples à l'appui,
que dans des genres moins graves, notre langue est parfaitement capable
de rivaliser avec les prouesses verbales réalisées en
grec et en latin.
Pour le démontrer, il fait appel aux exploits réalisés
par ses contemporains; il cite par exemple des poèmes monosyllabiques
: voici, reproduits élogieusement dans ses très sérieuses
Recherches de la France les premiers vers d'une longue élégie
de Estienne Tabourot dans ses Bigarrures, toute composée
de Monosyllabes
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Mon coeur, mon heur, tout mon grand bien,
A qui je suis plus tien que mien,
Presque ne voy sous les Cieux,
Rien de beau, ny cher à mes yeux,
Mon coeur qui seul fais que je suis,
Qui fais qu'en un grand heur je vis,
Mon coeur que Dieu pour mon bien fit,
Mais de qui le nom ne se dit.
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Puis, Pasquier, plein d'indulgence, mais regrettant
pourtant que le souci de ses "entre las de paroles" lui ait
fait perdre "la grace d'une belle conception" cite Cretin
et ses vers équivoqués. Voici quelques vers de cette longue
lettre écrite par Crétin en vers équivoqués,
et envoyée par lui à son amy, Francois Charbonnier, alors
malade en la ville de Han.
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Fix par escrits j'ay sceu qu'un jour a Han
Fit pareil cris qu'homme qui souffre ahan,
Portant le faix de guerre et ses alarmes
Portant le faix qu'elle provoque a larmes
Tes doux yeux secs & sur eux l'eau tost rend
Tels douze excez (plus soudain que torrent
Laisse courir son cours) perdroient ses forces
Les secourir est besoin que t'efforces.
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Pasquier cite parmi bien d'autres poèmes
à forme fixe, des exemples de vers en écho composés
par Joachim du Bellay : la rime est répétée par
l'écho : le poète interprète ces reprises comme
la réponse que fait tristement la nymphe Echo : la déesse
Junon l'avait condamnée au silence : elle ne pouvait parler que
si elle était interrogée, et ne pouvait répondre
qu'en répétant les derniers mots qu'on lui avait adressés.
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Piteuse Echo, qui erres en ces bois,
Respons au son de ma dolente voix
Dont ay-je peu ce grand mal concevoir,
Qui m'offre ainsi de raison le devoir ? de voir.
Qui est l'auheur de ces maux advenus ? Venus.
Comment en sont tous mes sens devenus ? Nuds.
Qu'estois-je avant qu'entrer en ce passage ? Sage.
Et maintenant que sens-je en mon courage ? Rage.
Qu'est-ce qu'aimer et s'en plaindre souvent ? Vent.
Que suis-je donc lors que mon coeur en fend ? Enfant.
Qui est la fin de prison si obscure ? Cure.
Dy moy quelle est celle pour qui j'endure ? Dure.
Sent-elle bien la douleur qui me poingt ? Point.
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Dans le chapitre XIV Vers François
tant raportez que retournez, Pasquier accorde une grande valeur
à ces jeux sur le langage :
"De fraîche memoire, Jacques Faureau de Congnac, jeune homme
de grande promesse, me fit present de ce Quatrain, auquel non content
de l'avoir renvié de deux vers, il se voulut d'abundant joüer
sur la rencontre des paroles par luy mises en oeuvres.
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La mer,
l'amour, la mort,
embrasse, enflame,
entame,
La nef, l'amant,
l'humain, qui va,
qui voit, qui vit,
Son flot, son feu,
sa faux, rogne,
ronge, ravit,
Le cours, le
coeur, le corps,
l'âge, l'homme,
l'ame.
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Joachim du Belay en ses premieres Amours
qu'il voüa à son Olive. Le Sonnet de du Bellay est vrayement
d'une belle parure, pour monstrer par un certain ordre que les Beautez
de sa Maistresse tant de corps, que d'esprit, ne pouvoient estre asez
dignement représentées par ces trois grands personnages,
dont le premier estoit le parangon en l'imagerie, le second en la peinture,
& le dernier en la Poësie.
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Fasse le Ciel quand il voudra revivre
Lisippe, Apelle,
Homere, qui le pris
Ont emporté sur tous humains espris
En la statue, au
tableau, & au livre
Pour engraver,
tirer, escrire, en
cuivre,
Peinture, & vers,
ce qu'en vous est compris,
Si ne sauroit leur ouvrage entrepris,
Cizeau, pinceau,
ou la plume bien suivre.
Voilà pourquoy ne faut que je souhaite,
De l'Engraveur, du Peintre,
& du Poëte,
Martau, couleur,
ou ancre,
ma maistresse.
L'art peut errer, la main faut, l'oeil s'escarte,
De vos beautez, mon coeur soit donc sans cesse
Le marbre seul, & la table,
& la charte.
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Estienne Jodelle (...) en fait un autre. La maistresse
qu'il s'estoit donnée portoit le nom de Diane que les anciens
Poëes disoient estre la Lune au Ciel, Diane dedans les forests
& Proserpine aux enfers. Sur ces trois puissances, voicy le second
Sonnet de ses Amours :
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Des astres, des forests,
et d'Acheron l'honneur,
Diane, au Monde hault, moyen
et bas preside,
Et ses chevaulx, ses chiens,
ses Eumenides guide,
Pour esclairer, chasser,
donner mort et horreur
Tel est le lustre grand,
la chasse, et la frayeur
Qu'on sent sous ta beauté claire, promte,
homicide,
Que le haut Jupiter,
Phebus, et
Pluton cuide,
Son foudre moins pouvoir, son arc,
et sa terreur
.Ta beauté par ses
rais, par son rets, par la craincte
Rend l'ame esprise, prise,
et au martyre estreinte:
Luy moi, pren moy,
tien moy, mais hélas ne
me pers.
Des flambans forts et griefs, feux,
filez, et encombres,
Lune, Diane,
Hecate,
aux cieux,
terre, et enfers
Ornant, questant,
genant,
nos Dieux, nous,
et nos ombres
.
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| Puis
Pasquier cite un poème composé en " vers coupés
" par son petit fils et, " combien que ce ne soit sans peine
& travail " montre que " nostre vulgaire n'est pas incapable
, non plus que le Latin, sur lequel nous l'avons renvié d'un point,
ayant, d'abondant, nous avons introduit des vers couppez lesquels recitez
de leur long portent un sens, & couppez, un contresens. De quelle
façon ce mien quatrain. |
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Je ne saurais Maîtresse vous haïr
Vous embrasser c'est le bien où j'aspire
Mais je voudrois vous embrassant, jouir,
Vous délaisser j'y trouverois du pire
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Je ne saurais
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Maîtresse vous haïr
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Vous embrasser
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C'est le bien où
j'aspire,
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Mais je voudrois
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Vous embrassant, jouïr,
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Vous delaisser
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J'y trouverois du pire.
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