ASPECTS du XVIe siècle

 

LA RENAISSANCE : une nouvelle attitude devant l'Antiquité

UN IDEAL NOUVEAU : ILLUSTRER LA LANGUE FRANCAISE

 

Il faut que les Français écrivent en français :

our du Bellay, défendre la langue française n'est qu'une partie du projet : il faut aussi l'illustrer. Les oeuvres grecques et latines ne doivent plus être considérées comme des modèles avec lesquels on ne pourrait rivaliser qu'en écrivant en grec ou en latin, mais comme un témoignage de ce qu'il est possible de faire pour une langue si on s'en sert pour écrire des oeuvres de génie : ce que les écrivains grecs et latins ont fait pour rendre "illustre" la langue dans laquelle ils ont écrit, les écrivains français doivent le faire pour illustrer leur propre langue, le français. C'est aussi l'argument que Jacques Pelletier du Mans utilise pour convaincre un poète de ses amis d'écrire en Français.

 

Il faut que les écrivains rendent "illustre" la langue française en créant des chefs-d'oeuvre en français

ais pour faire du français une langue de culture, aussi prestigieuse que le sont les langues grecque et latine, il faut faire pour le français ce qu''ont fait pour leur langue les écrivains de l'Antiquité : grec et latin ne sont "illustres" que grâce aux oeuvres des écrivains de l'antiquité. C'est la célébrité des oeuvres écrites en grec, et en latin qui a rendu célèbres les langues utilisées pour les écrire.

Illustrer la langue, c'est cesser de rivaliser avec l'antiquité en écrivant en grec ou en latin,comme le faisaient jusqu'alors ses contemporains, c'est composer en français des oeuvres comparables : c'est le titre du chapitre XI de la première partie du manifeste de du Bellay : "Qu'il est impossible d'égaler les Anciens en leurs langues".

 

Pour écrire des chefs-d'oeuvre, il faut faire de la langue "vulgaire" (c'est-à-dire parlée par le peuple) une langue de culture, apte à exposer un raisonnement et à exprimer les sentiments :

l faut d'abord d'enrichir le vocabulaire : le chapitre VI : D'inventer des mots et quelques autres choses que doit observer le poëte francoys. En fait, les poètes de la Pléiade introduiront peu de mots nouveaux dans la langue : c'est davantage les contacts entre cultures qui feront adopter au XVIe siècle une très grande quantité de mots étrangers, aujourd'hui d'usage quotidien : une langue vivante est une langue capable d'intégrer ce dont elle a besoin...

du Bellay conseille de puiser dans des lexiques jusqu'alors peu utilisés par les écrivains, par exemple celui des gens de métier : "Les Ouvriers (afin que je ne parle des Sciences libérales) jusqu'aux Laboureurs mêmes, et toutes sortes de gens gens mecaniques ne pourroient conserver s'ilz n'usoient de mots à eux usitez, & à nous incongeuz"

Il faut aussi créer des mots nouveaux :
"Ne crains doncques, Poëte futur, d'innover quelques termes, en long poëme principalement, avec modestie toutefois, Analogie & jugement de l'Oreille "

Il faut aussi faire revivre des mots sortis de l'usage :
" Quand au reste, use de motz purement Françoys, non toutesfois trop communs, non point trop inusitez, si tu ne voulois quelquefois usurper, & quasi comme enchasser ainsi qu'une Pierre precieuse, & rare, quelques motz antiques en ton Poëme, à l'exemple de Virgile (...) Pour ce faire te faudroit voir tous ces vieux Romans et Poëtes Françoys, ou tu trouverras un Ajourner , pour faire Jour, (...) Anuyter, pour faire Nuyt, Assener, pour frapper ou on visoit et proprement d'un coup de main, Isnel pour Leger, et mil' autres bons motz que nous avons perduz par notre négligence. "

 

Pour écrire des chefs-d'oeuvre, il faut s'illustrer dans les genres mêmes où se sont illustrés les auteurs de l'Antiquité

Il faut donc renoncer aux genres traditionnels, laisser "toutes ces vieilles poésies françoises aux Jeux Floraux de Thoulouse, & au puy de Rouan comme Rondeaux, Ballades, Vyrelaix, Chants Royaulx, Chansons, & autres telles épiceries qui corrompent le goust de notre langue & ne servent si non à porter temoignage de notre ignorance."

Il faut utiliser les genres littéraires que Grecs et Romains ont employés : élégies, fables, odes, comédies, tragédies et surtout ces longs poèmes que sont les épopées, grâce auxquels la France égalera Homere et Virgile.


C'est pour répondre à ce souhait que Ronsard entreprit la composition d'une épopée, la Franciade, dont les quatre premiers livres furent publiés en 1572 : Virgile avait raconté dans l'Enéide l'histoire d'Enée fuyant Troye pour fonder Rome, dont il faisait ainsi remonter l'origine à une ville prestigieuse et à laquelle il donnait comme fondateur le fils d'une déesse. Ronsard raconte comment le fils d'Hector, Astyanax, que les Grecs avaient cru tuer, fut sauvé en lui substituant secrètement un autre enfant. Adolescent, il prit le nom de Francion et, après bien des aventures, militaires et amoureuses, devint le fondateur de la dynastie française.

 

Prouver que la langue française pouvait rivaliser avec le grec et le latin a été l'objectif que se sont proposé la plupart des écrivains du XVIe siècle

La langue française permet non seulement la création de chefs d'oeuvre dans ces genres "haultains", mais aussi elle est parfaitement apte à rivaliser avec les prouesses techniques des poètes grecs et latins. Le grave écrivain Pasquier consacre une importante partie de son livre à démontrer - exemples à l'appui - qu'on peut faire en français ces jeux sur les mots dont on pensait, à tort, que seules les langues latine et grecque étaient capables. Après avoir cité, en grec ou en latin, des passages de prouesses verbales célèbres au XVIe, il reproduit des équivalents en langue française.

Rares sont les écrivains du XVIe siècle qui n'ont pas joué avec les mots : par exemple, Jacques Tahureau consacre trois livres sur quatre de ses Bigarrures, à tous ces procédés, aux multiples formes de rimes, auxquels il ajoute des rébus.

Pasquier cite plusieurs anagrammes réalisés par des écrivains amis à la gloire des hauts personnages de l'époque : vous vous amuserez, si vous le souhaitez, à deviner de qui il est question dans la "vérification des connaissances" qui suit l'étude de cet aspect du XVIe siècle que nous venons d'étudier : la Renaissance.

Vérification des Connaissances