ASPECTS du XVIe siècle

 

LA RENAISSANCE : une nouvelle attitude devant l'Antiquité

 

UN RESPECT NOUVEAU POUR LA PENSEE DE L'ANTIQUITE

 

 

Le moyen-âge connaissait les oeuvres majeures de l'antiquité

e prestige des récit s mythiques concernant l'origine de Rome, les allusions aux épisodes marquants de l'histoire romaine montrent que les souvenirs de l'antiquité étaient restés vivaces. Ils étaient demeurés suffisamment puissants pour agir sur le plan politique : le désir d'établir une continuité entre l'histoire de Rome inspira aux barbares franks la restauration d'une institution romaine : l'Empire. Couronné Empereur, Charlemagne, roi des Franks et des Lombards, ajouta à ces titres celui de "imperator Romanorum gubernans imperium".

Avec lui, l'influence de la culture gréco-romaine, restée prépondérante dans la Gaule du Sud, s'exerça à nouveau dans la Gaule du Nord, se manifestant par exemple dans la volonté de l'Empereur de favoriser l'instruction en créant des écoles, puis dans celle de Philippe le Bel de substituer au droit coutumier des lois écrites, rédigées en s'inspirant du droit romain.


Mais il considérait les oeuvres de l'Antiquité comme l'expression d'une pensée païenne, fausse, puisqu'antérieure à la Révélation, donc dangereuse

e Moyen Age n'avait pas ignoré la culture de l'antiquité, mais tout ce qui en était l'expression était examiné avec méfiance, sinon avec mépris : oeuvre d'un paganisme dont le seul mérite pouvait être, parfois, de pressentir la Vérité qu'allait apporter la religion chrétienne.
La mythologie, pendant toute la durée du moyen âge n'avait jamais été réellement oubliée, mais elle était condamnée comme l'expression du paganisme. Interprétée et jugée à travers une vision chrétienne, elle n'était acceptée que lorsqu'elle semblait confirmer un dogme chrétien. Le mythe du retour de l'âge d'or, évoqué par Virgile à l'occasion de la naissance du fils d'une famille amie, fut interprétée comme la prédiction de la naissance du Christ : la statue de Virgile figure dans plusieurs cathédrales, mais Virgile y figure parmi les prophètes, et non comme poète de Rome.
La présence fréquente de la Sibylle Erythrée sur les vitraux des cathédrales se justifie de la même façon.
Les mythes étaient connus au moyen âge à travers des récits qui les présentaient comme des histoires merveilleuses : les Métamorphoses et les Héroïdes d'Ovide étaient (et continuent à être au XVIe siècle) particulièrement appréciées, mais elles étaient lues comme des contes, non comme des récits sacrés.


Au XVIe siècle, les oeuvres artistiques et littéraires de l'Antiquité sont admirées

u XVIe, l'attitude à l'égard de la littérature grecque et romaine se modifie : alors que les oeuvres littéraires traduites et appréciées avaient surtout été des oeuvres de fiction, ce sont désormais, au XVIe siècle, les oeuvres majeures de la littérature de l'Antiquité qui sont enseignées dans les Collèges, ou que les gens instruits étudient.
L'Eglise englobait sous le nom péjoratif de "païens" ou "infidèles" tous ceux qui n'étaient pas chrétiens : qui aurait osé au moyen âge considérer ces païens, adorateurs de faux dieux, comme des modèles de vertu ? Mais au XVIe siècle, Jacques Amyot traduisit les Vies parallèles de Plutarque en leur donnant pour titre : Les vies des hommes illustres, (1559) ouvrage qui deviendra, pour des générations d'écoliers, un véritable manuel de morale et d'instruction civique.

 


Au XVIe siècle, la pensée religieuse de l'Antiquité et son expression dans la mythologie est considérée avec un nouveau respect

u XVIe siècle, la mythologie, les religions de l'antiquité seront considérées par bien des intellectuels, non seulement comme dignes d'être étudiées pour fournir aux beaux-arts et à la littérature de sujets et des ornements, mais aussi pour y trouver un sens moral, une sagesse, une philosophie.

Deux tendances différentes manifestent cette attitude plus respectueuse à l'égard des religions de l'antiquité :

Certains intègrent les personnages de la mythologie dans les premiers récits retraçant l'histoire des Gaules, c'est l'Evhémérisme.

D'autres y voient les formulations antérieures d'une même Révélation : Tory par exemple affirme que "Soubz lescorce de Fable la Verite est mussee, & ne peult estre bien cogneue qui ne la contemple & avise de bien pres."
La mythologie non seulement n'est plus méprisée mais les peintres s'efforcent d'en dégager la signification morale : ainsi, dans le tableau représentant le jugement de Paris, les trois déesses symbolisent, chacune, un choix orientant la vie vers la valeur que l'individu considère comme fondamentale : Junon (Hera) : le Pouvoir, Minerve (Athéna) la Sagesse, et Vénus (Aphrodite) : l' Amour... Le libre-arbitre permet de choisir.
Marcile Ficin, à Florence, donne à un ouvrage où il analyse la signification symbolique des Dieux antiques le titre de Pristina Theologia : l'Ancienne Théologie. L'enseignement de ce philosophe néo-platonicien inspire les principaux peintres du XVIe siècle, en particulier à Florence : dans le tableau de Botticelli : Primavera, Hermès montre du doigt le ciel signifiant ainsi que l'amour physique doit être une étape vers l'amour spirituel, l'amour de la Sagesse.

En France, l'enseignement de Marcile Ficin inspire les fresques de la galerie de François Ier, au château de Fontainebleau.

Le dieu Mercure (Hermès), pour les humanistes de la Renaissance est supposé avoir inscrit sur les colonnes des temples égyptiens les connaissances des civilisations anciennes, aujourd'hui disparues. Ils pensaient que ces secrets pourraient être connus si l'on parvenait à déchiffrer les hiéroglyphes. Ce respect pour les hiéroglyphes explique les tentatives des écrivains et des artistes de la Renaissance pour trouver l'équivalent de ce langage qui associe figures et signes pour transmettre une idée. L'emblème de la Renaissance et à la fois un jeu d'esprit, un art, une recherche religieuse.

 

Au XVIe siècle, la philosophie de l'Antiquité inspire l'enseignement donné dans les deux plus importants centres universitaires d'Italie : Padoue et Florence

a philosophie antique n'avait jamais, au moyen âge, été totalement ignorée, mais elle était admise ou condamnée en se référant au dogme chrétien. Aristote, par exemple, exerça sur la philosophie médiévale une très forte influence, mais sans qu'on veuille savoir qu'il niait l'immortalité de l'âme. Au XXIe siècle, les oeuvres philosophiques de l'antiquité sont lues avec une plus grande ouverture d'esprit.
Dès le début de la Renaissance, la vie intellectuelle s'était organisée, en Italie, autour de deux centres, définis par l'influence de deux courants philosophiques de l'Antiquité. Padoue avec Pomponazzi, fut celui de la pensée d'Aristote, interprétée dans la tradition d'inspiration matérialiste du philosophe arabe Averroès, et Florence, avec Marsile Ficin, fut le centre des études platoniciennes.
On a peine à imaginer aujourd'hui l'attitude d'accueil spirituel de Laurent de Medicis et de son entourage d'intellectuels et d'artistes : Marsile Ficin et ses amis firent mieux que " tolérer " les idées et les mythes venus de l'antiquité : ils les étudièrent avec ferveur, comme les formes - diversement modulées selon les époques - d'une même Révélation. A Florence, où les Médicis accueillaient les intellectuels persécutés, se constitua un groupe de chrétiens instruits et tolérants qui fut appelé plus tard, par analogie avec la philosophie des Lumières du XVIIIe siècle, l'Eglise des Lumières.


L'imprégnation de la pensée des classes dirigeantes de la société du XVIe siècle se manifeste par une attitude nouvelle à l'égard de la Nature

n France, le prestige récemment accordé à la Cour même du Roi et dans la haute noblesse à la connaissance des oeuvres de l'antiquité, l'enseignement dans les Collèges du latin et du grec, avaient conduit à une profonde assimilation de la culture grecque et latine : l'interpénétration des thèmes païens et chrétiens est fréquente dans les productions culturelles du XVIe et du XVIIe siècle. La quasi totalité des sujets traités dans les tragédies du XVIe siècle viennent indifféremment de la Bible, de l'histoire ancienne et de la mythologie et parmi les données dont se servent les "historiens" de l'époque, figurent des informations indifféremment puisées dans la Bible, dans les récits de l'Antiquité et dans ceux de la mythologie. Certains peintres, comme Jean Cousin, établissent des correspondances entre les personnages mythiques de l'Antiquité et ceux de la Bible. Les sujets traités par la statuaire et la peinture sont indifféremment inspirés par la mythologie ou par la Bible : Botticelli, par exemple, célèbre avec un esprit très profondément religieux la Beauté, la Vie et le pouvoir de la transmettre sous les traits de Venus ou de la Vierge Marie.

L'influence de la culture de l'antiquité change fondamentalement l'attitude devant la nature. En particulier, peintres, comme l'Allemand Altdorfer, et sculpteurs, comme Jean Goujon, expriment le sentiment que la nature est vivante; elle n'est pas seulement le support précaire de l'existence terreste humaine, mais elle vit d'une vie autonome et puissante.

La poésie du XVIe siècle, par exemple ces poèmes de Ronsard, est pleine d'allusions mythologiques qui montrent non seulement la profonde imprégnation culturelle des écrivains, mais qui traduisent un sentiment panthéiste de la nature... Les poèmes de la Pléiade illustrent cette imprégnation d'une culture étrangère à la pensée chrétienne médiévale. "Il y a dans la poésie de la Pléiade, écrit le critique contemporain Thierry Maulnier, une union extraordinaire de la mythologie et de la nature."

 

L'Eglise du Moyen âge regardait la nature comme déchue de l'état où elle fut créée parce que le péché originel avait entraîné toute la Création vers la déchéance.

L'attitude des Humanistes devant la nature est proche de celle du paganisme antique, comme le suggère cette gravure extraite de l'édition française du Songe de Poliphile.

 

 

 

 

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