|
Renaissance
Re-naissance
: le mot est moderne, mais il correspond à
l’idée souvent exprimée par les contemporains que quelque chose revenait
à la vie : une nouvelle naissance. Par delà le Moyen Age considéré
par eux comme une époque d'ignorance, ils avaient l’impression de renouer
avec la vie intellectuelle de la civilisation gréco-latine. Les gens cultivés
du XVIe siècle eurent le sentiment d’entrer dans une ère nouvelle dont
la nouveauté était, paradoxalement, faite d’un contact avec le passé :
l’Antiquité.
u
XVIe siècle, plutôt que de « Renaissance », on parle de "restitution".
« Maintenant toutes disciplines sont restituées ».
La lettre que Gargantua adresse à son fils Pantagruel, étudiant à
Paris, montre que ce qui paraît retrouver un état antérieur, c’est la
culture grecque et latine, c’est la pensée et l’art de vivre de l’antiquité.
Si l’on parle de restitution, c’est au double sens de « rendre »
et de « restaurer ». Les érudits du XVIe siècle se plaignaient
d’être privés de la connaissance des textes anciens par l’ignorance des
siècles précédents, qui non seulement ne s’y étaient pas intéressés, mais
n’avaient pas su les conserver dans leur état originel.
La recherche des manuscrits
a
valeur accordée à la culture gréco-latine se manifesta d'abord par la
recherche intelligente et passionnée des
manuscrits anciens. De grandes collections furent ainsi constituées.
Cosme, puis Laurent de Médicis par exemple, envoyèrent des agents acquérir
des manuscrits jusqu'à Constantinople, utilisèrent de très nombreux copistes,
et rassemblèrent ainsi des milliers de volumes. Les papes firent de la
bibliothèque du Vatican une des plus importantes collections d'ouvrages
anciens, grâce aux clercs envoyés dans toute l'Europe pour rechercher
dans les bibliothèques des couvents de précieux manuscrits.
Guillaume
Postel, chargé de missions diplomatiques,
vécut très longtemps en Orient et parlait courammant plusieurs
langues orientales. François 1er le nomma professeur au Collège de France,
créant pour lui la Chaire des Langues Orientales. En 1538, il publia un
ouvrage reproduisant les alphabets des douze langues ayant une relation
avec les textes sacrés des religions judeo-chrétiennes.
L'établissement
du texte : la philologie
Le souci de restaurer
les textes anciens altérés par les copies manuscrites successives avait
déjà été celui de saint Jérôme au IVe siècle après J.-C. Mais, par la
suite, les moines du Moyen Age se sont, dans l’ensemble, peu préoccupés
d’examiner les manuscrits de façon critique. C’est seulement au XVIe
siècle qu’Erasme reprendra le travail de saint Jérôme, avec la volonté
d’en éliminer les inévitables erreurs dans l’établissement des textes.
Cette pieuse intention se heurta à l’Eglise, qui y voyait une téméraire
intrusion dans un domaine qu’elle voulait se réserver. Une commune volonté
de retrouver le contenu originel des textes sacrés, afin que les Chrétiens
en aient une connaissance exacte, est à l'oeuvre, au début du XVIe
siècle, dans les efforts des humanistes et de ceux qui, plus tard, iront,
comme Luther et Calvin, jusqu’à la rupture avec Rome. La
représentation du travail intellectuel change : il cesse d'être
une activité cléricale au service de l'Eglise pour devenir
une activité autonome, justifiée par l'attrait du savoir
et la valeur sociale qui lui est reconnue.
|