Jason prend alors les dents du dragon de Mars dans un casque d'airain; il les sème dans les sillons qu'il vient d'ouvrir. Ces terribles semences sont imprégnées d'un venin puissant. La terre les amollit. Elles croissent, s'étendent, et forment une moisson d'hommes nouveaux. Comme l'enfant renfermé dans le sein de sa mère, s'y développe par degrés, et ne vient au monde qu'après avoir reçu la forme qui lui convient; ces semences confiées à la terre ne sortent de son sein fécond que lorsqu'elles ont pris une figure humaine. Mais, ô prodige encore plus grand ! ces hommes secouent avec fierté les armes qui sont nées avec eux.
A l'aspect de leurs dards tournés contre le fils d'AEson, les Grecs perdent courage, et sont consternés. Médée elle-même, qui a travaillé à la sûreté du héros, frémit en le voyant seul attaqué par tant d'ennemis. Elle pâlit, ses genoux fléchissent, son sang refroidi s'arrête dans ses veines; et craignant que les sucs enchantés dont elle arma Jason n'aient pas assez de pouvoir, elle prononce des paroles magiques, elle appelle à son secours tous les secrets de son art. Jason lance un caillou pesant au milieu des guerriers. Ainsi soudain il détourne contre eux-mêmes les combats et la mort dont ils le menaçaient; soudain ces frères belliqueux, enfants de la Terre, s'attaquent, se détruisent, et périssent victimes de leurs propres fureurs. Les Grecs célèbrent à grands cris la victoire de leur chef. Ils s'empressent autour de lui; ils le serrent dans leurs bras. Et toi aussi, Médée, tu voudrais embrasser le vainqueur; la pudeur te retient : le vainqueur t'eût embrassée lui-même. Mais si le soin de ta renommée t'arrête, tu te réjouis du moins en secret, et ce sentiment t'est permis. Tu t'applaudis de tes enchantements; tu rends grâces aux dieux qui les ont fait naître à ta voix.

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