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IV, 604-662
Cependant
sous cette forme nouvelle, la gloire de leur petit-fils venait les consoler.
Bacchus était adoré dans l'Inde, sa conquête. La
Grèce lui avait élevé des autels. Seul, quoique
issu du même dieu que lui, Acrisius, le fer en main, lui défend
les murs d'Argos, et refuse de le reconnaître pour le fils de
Jupiter. Il conteste la même origine au héros que Danaé
sa fille conçut au milieu d'une pluie d'or. Mais bientôt
(tel est l'éclat de la vérité !) il se repent d'avoir
outragé Bacchus et méconnu Persée. Déjà
le premier brillait dans l'Olympe; le second, tenant en main la tête
de la Gorgone hérissée de serpents, s'élevait d'un
vol rapide dans les airs.
Vainqueur du monstre, il planait sur les sables arides de la Libye :
des gouttes de sang tombèrent de la tête de la Gorgone;
la terre les reçut, les anima, les convertit en serpents de diverses
espèces; et telle est l'origine de tous ceux que l'Afrique produit.
Bientôt, entraîné dans le vague des airs, semblable
à la nue chargée de pluie, errante au gré des vents,
Persée voit au-dessous de lui la terre, dont le sépare
un espace immense. Il vole sur tout l'univers. Trois fois il voit l'Ourse
glacée; trois fois il se retrouve près des bras du Cancer.
Tantôt il est emporté vers l'Aurore, tantôt aux bords
de l'Occident. Déjà Vesper brillait dans les cieux. Le
héros craint de se confier à la nuit. Il descend sur les
terres de l'Hespérie, dans le palais d'Atlas. Il demande à
prendre un repos léger, en attendant que l'étoile du matin
appelle l'Aurore, et l'Aurore le retour du Soleil.
Atlas était fils de Japet; il surpassait par sa taille tous les
mortels. Il régnait dans les dernières régions
de la terre, sur les mers qui reçoivent dans leur sein les coursiers
hors d'haleine et le char enflammé du Soleil. Il possédait
de nombreux troupeaux errant dans d'immenses pâturages. Aucun
état voisin ne touchait à son empire; et dans ses jardins,
les arbres, à l'or de leurs rameaux, que couvrent des feuilles
d'un or léger, portaient des pommes d'or.
"Prince, lui dit Persée, si l'éclat d'une illustre
origine peut te toucher, Jupiter est mon père; ou si tu sais
priser les faits mémorables, tu pourras admirer les miens".
Alors le fils de Japet se rappelle cet ancien oracle que Thémis
avait rendu sur le Parnasse : "Atlas, un jour viendra où
tes arbres seront dépouillés de leur or; et c'est à
un fils de Jupiter que les Destins réservent cette gloire".
Épouvanté de l'oracle, Atlas avait enfermé ses
jardins de hautes murailles; un dragon monstrueux veillait, gardien
de leur enceinte; et l'entrée de l'Hespérie était
interdite aux étrangers : "Fuis, dit le prince au héros,
ou crains de perdre l'honneur de tes exploits supposés, la gloire
d'une naissance que tu ne dois point à Jupiter" ! Il ajoute
l'insulte à la menace; et tandis que Persée insiste avec
douceur, mais avec fermeté, il s'avance pour le chasser de son
palais.
[653] Persée était trop inférieur aux forces d'Atlas
(car quel mortel pourrait les égaler !) : "Puisque, dit-il,
tu, fais si peu de cas de ma prière, reçois le châtiment
que tu mérites". À ces mots, il détourne à
gauche sa tête, élève en l'air celle de Méduse
et présente aux regards d'Atlas son visage sanglant. Soudain
ce vaste colosse est changé en montagne. Sa barbe et ses cheveux
s'élèvent et deviennent des forêts. Ses épaules,
ses mains, se convertissent en coteaux. Sa tête est le sommet
du mont. Ses os se durcissent en pierre : il s'accroît, devient
immense, et, par la volonté des dieux, désormais le ciel
et tous les astres reposent sur lui.
IV,
663-764
Cependant Éole
avait renfermé les vents dans leur prison éternelle. L'étoile
brillante du matin, déjà levée dans les cieux,
avertissait les humains de recommencer leurs travaux. Persée
reprend ses ailes, les attache à ses pieds, s'arme d'un fer recourbé,
et s'élance dans les airs, qu'il frappe et fend d'un vol rapide.
Il a déjà laissé derrière lui d'innombrables
contrées et cent peuples divers, lorsqu'il abaisse ses regards
sur les champs d'Éthiopie, sur les états où règne
Céphée.
Là, par l'injuste oracle d'Ammon, Andromède expiait les
superbes discours de sa mère. Persée la voit attachée
sur un rocher, et, sans ses cheveux qu'agite le Zéphyr, sans
les pleurs qui mouillent son visage, il l'eût prise pour un marbre
qu'avait travaillé le ciseau.
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Atteint d'un feu nouveau,
il admire; et, séduit par les charmes qu'il aperçoit,
il oublie presque l'usage de ses ailes. Il s'arrête, et descend
: "Ô vous, dit-il, qui ne méritez pas de porter de
pareilles chaînes; vous que l'amour a formée pour de plus
doux liens, apprenez-moi, de grâce, votre nom, celui de ces contrées,
et pourquoi vos bras sont chargés d'indignes fers" ! Elle
se tait : vierge, elle n'ose regarder un homme, elle n'ose lui parler.
Elle eût même, si ses mains avaient été libres,
caché son visage de ses mains. Du moins elle pouvait pleurer;
ses yeux se remplirent de larmes; et comme Persée la pressait
de répondre, craignant enfin qu'il n'imputât son silence
à la honte qui naît du crime, elle lui dit son nom, celui
de son pays, et combien sa mère avait été vaine
de sa beauté.
Elle
parlait encore : l'onde écume et retentit; un monstre horrible
s'élève, s'avance sur l'immense Océan, et fait,
sous ses vastes flancs, gémir de vastes ondes.
Andromède s'écrie; son père affligé, sa
mère criminelle, étaient présents à ce spectacle
affreux. Tous deux malheureux, ils ne sont pas également coupables.
Trop faibles pour secourir leur fille, ils ne font entendre que des
plaintes stériles; ils ne peuvent que pleurer, qu'embrasser leur
fille attachée au rocher.
"Vous aurez, dit le héros, assez de temps pour répandre
des larmes; mais nous n'avons qu'un instant pour la sauver. Si je m'offrais
pour votre gendre, moi, Persée, fils de Jupiter et de Danaé,
qui, renfermée dans une tour, devint féconde au milieu
d'une pluie d'or; moi, Persée, vainqueur de la Gorgone à
la tête hérissée de serpents; moi, qui, soutenu
sur des ailes légères, ose m'élancer dans les airs,
vous me préféreriez sans doute à tous mes rivaux;
mais je veux, si les dieux me secondent, joindre à tant de titres,
pour obtenir Andromède, celui de la mériter. Que, sauvée
par mon courage, elle soit à moi : telle est ma condition".
Céphée et Cassiopée l'acceptent (et comment la
refuser !). Ils pressent, ils conjurent le héros, et lui promettent
leur fille pour épouse, et le royaume pour dot.
Tel qu'un vaisseau à la proue aiguë, cédant aux efforts
de rameurs ardents, sillonne et fend l'onde écumante, le monstre
approche, divisant les flots qui résistent; et déjà
le jet d'une fronde eût mesuré l'espace qui le sépare
du rivage. Soudain, frappant de ses pieds la terre, qu'il semble repousser,
le héros impétueux s'élance au haut des airs; son
ombre réfléchie voltigeait sur les eaux; le monstre voit
cette ombre et la combat. Tel que l'oiseau de Jupiter apercevant dans
les guérets un serpent qui expose son dos livide aux ardeurs
du soleil, l'attaque par derrière, pour éviter son dard
cruel, et enfonce ses serres dans son col écaillé; tel
Persée vole, et se précipite, et fond sur le dos du monstre,
et plonge tout entier son fer dans ses flancs.
Le monstre, qu'irrite une large blessure, bondit sur l'onde, ou se cache
dans les flots, ou s'agite et se roule tel qu'un sanglier que poursuit
une meute aboyante. Le héros, par l'agilité de ses ailes,
se dérobe à ses dents avides, et de son glaive recourbé
le frappe sans relâche sur son dos hérissé d'écailles,
dans ses flancs, et sur sa queue, semblable à celle d'un poisson.
Avec des flots de sang le monstre vomissait l'onde, qui rejaillit sur
les ailes du héros; il les sent s'appesantir, et n'ose plus s'y
confier. Il découvre un rocher dont le sommet domine l'onde tranquille,
et disparaît quand la tempête agite les mers; il s'y soutient,
et d'une main saisissant la pointe du roc qui s'avance, de l'autre il
plonge et replonge son fer dans les flancs du monstre, qui expire sous
ses coups redoublés.
Au même instant, le rivage retentit de cris et d'acclamations
qui montent jusqu'aux cieux. Céphée et Cassiopée,
heureux et pleins de joie, saluent, dans le héros, leur gendre,
et le proclament le sauveur de leur maison. Objet et prix de la victoire,
Andromède, libre de ses fers, s'avance et vole dans leurs bras.
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