LIVRE V (Extrait -Traduction de Villenave 1806)
Les chiffres au début du passage indiquent le N° des vers correspondants des Métamorphoses.
ENLEVEMENT DE PROSERPINE
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V, 335-408
L'île
de Trinacrie couvre le vaste corps d'un Géant foudroyé
par Jupiter. L'orgueilleux Typhée, qui dans son audace osa lui
disputer l'Olympe, gémit et souvent s'agite en vain sous cette
énorme masse. Sur sa main droite est le cap de Pélore;
sur sa gauche, le promontoire de Pachyne; sur ses pieds, l'immense Lilybée.
L'Etna charge sa tête. C'est par le sommet de ce mont que sa bouche
ardente lance vers les cieux des flammes et des sables brûlants.
Il lutte pour briser ses fers. Il veut secouer les cités, les
montagnes qui l'écrasent; et la terre tremble jusqu'en ses fondements.
Pluton lui-même craint qu'elle ne s'entrouvre, et que le jour
pénétrant dans son empire n'épouvante les ombres
dans l'éternelle nuit. Du
haut du mont Éryx, Vénus aperçoit le monarque errant
dans la plaine; elle embrasse son fils, et lui dit : "Ô toi,
mon appui, ma puissance, et ma gloire, Cupidon, prends ces traits qui
soumettent tout à ton empire; lance les plus rapides sur ce dieu,
à qui, dans le triple partage du monde, échurent les Enfers.
Tu as triomphé de tous les dieux de l'Olympe, de Jupiter lui-même;
des divinités de la mer, et de celui qui leur donne des lois.
Pourquoi laisserais-tu tranquille l'empire des morts ? pourquoi n'y
pas étendre ton pouvoir et celui de ta mère ? Il s'agit
de la troisième partie de l'univers. Déjà dans
le ciel on méconnaît notre puissance; ton autorité
et la mienne s'y affaiblissent tous les jours. Ne vois-tu pas la guerrière
Pallas et la déesse des forêts échapper à
mon pouvoir ? |
Vénus dit, et l'Amour a détaché son carquois. Il y prend, sous les yeux de sa mère, un trait qu'il choisit entre mille. Il n'en est point de plus aigu, de plus certain, de plus rapide. Il courbe l'arc sur son genou : le trait acéré part, vole, et perce le cur du farouche Pluton. Non loin des murs d'Enna est un lac profond qu'on appelle Pergus. Jamais le Caÿstre ne vit autant de cygnes sur ses bords. Des arbres à l'épais feuillage couronnent le lac d'un berceau de verdure impénétrable aux rayons du soleil. La terre que baigne cette onde paisible est émaillée de fleurs. Là règnent, avec les Zéphyrs, l'ombre, la fraîcheur, un printemps éternel; là, dans un bocage, jouait Proserpine. Elle allait, dans la joie ingénue de son sexe et de son âge, cueillant la violette ou le lis, en parant son sein, en remplissant dés corbeilles, en disputant à ses compagnes à qui rassemblerait les fleurs les plus belles.
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