LIVRE VIII (Extrait -Traduction de Villenave 1806)
Les chiffres au début du passage indiquent le N° des vers correspondants des Métamorphoses.
THESEE ET SCYLLA
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VIII, 1-151 Sur
les remparts de Mégare s'élevait une tour, où l'on
dit que le fils de Latone déposa sa lyre d'or; les murs ont retenu
les sons de cette lyre. C'est là que la fille de Nisus, longtemps
avant la guerre, se plaisait à lancer des cailloux légers
sur la pierre sonore; c'est là que, pendant la guerre, elle venait
voir balancer la fortune dans les sanglants travaux de Mars. Déjà
la longue durée du siège de Mégare lui avait appris
les noms des principaux guerriers. Elle distinguait les soldats de Crète,
et leurs armes, et leurs coursiers. Elle connaissait surtout Minos,
et plus qu'elle n'eût dû le connaître. S'il couvre
sa tête d'un casque surmonté d'un panache flottant, elle
le trouve beau sous le casque; s'il prend son bouclier où l'or
étincelle, le bouclier sied à son audace; s'il lance au
loin un javelot, elle admire en lui l'accord de la force et de l'adresse;
s'il place sur son arc tendu une flèche rapide, c'est l'air et
l'attitude d'Apollon quand il lance ses traits. Mais lorsque son front
n'est plus armé de l'airain qui le couvre dans les combats; lorsqu'il
paraît revêtu d'une robe de pourpre, pressant les flancs
d'un superbe coursier, et gouvernant le frein que mord une bouche écumante,
alors la fille de Nisus se possède à peine, et ne peut
maîtriser le trouble dont son esprit est agité. Elle porte
envie au javelot qu'il touche, aux rênes que dirige sa main. Souvent
elle voudrait, s'il lui était permis de céder à
son penchant, porter ses pas timides au milieu des escadrons ennemis,
s'élancer du haut de la tour dans le camp des Crétois,
ouvrir à Minos la ville de Mégare et ses portes d'airain,
et faire plus encore, si Minos l'exigeait. Un jour qu'assise elle tenait
ses regards attachés sur la tente du roi de Crète : "Dois-je,
dit-elle, me réjouir ou m'affliger de cette guerre funeste ?
Je ne sais. C'est un malheur d'avoir pour ennemi le héros qu'on
adore. Mais si Minos n'eût point attaqué Mégare,
aurais-je connu Minos ? En m'acceptant pour otage, il pourrait déposer
les armes; je deviendrais sa compagne et le gage de la paix. |
Tels
étaient ses discours, quand la nuit, qui nourrit des mortels
la sombre inquiétude, vient, et par ses ténèbres
accroît et favorise l'audace de Scylla. C'était l'heure
du premier repos, lorsque le sommeil commence à délasser
les corps des fatigues du jour. Elle approche en silence du chevet de
son père, et sa main, ô crime ! sa main détache
le cheveu fatal. Fière de cette proie funeste, larcin sacrilège,
elle l'emporte, sort de Mégare, traverse sans effroi le camp
ennemi, se présente à Minos, qui frémit de la voir,
et lui tient ce discours : "L'amour
m'a fait commettre un crime. Je suis Scylla, la fille de Nisus. Je te
livre mon père et ma patrie. Ton cur est la seule récompense
que j'exige de toi. Prends ce cheveu de pourpre; reçois-le comme
un gage de ma foi. Ce n'est pas un cheveu seul que je te livre, c'est
mon père lui-même". Il
dit : et maître de la ville, lorsqu'il a donné de sages
lois aux Mégariens soumis, il ordonne à sa flotte de lever
l'ancre, aux rameurs de sillonner les flots. Scylla, qui voit s'enfler
les voiles, et qui perd le prix qu'elle attendait de son crime, lasse
enfin de prier, se livre aux aveugles transports de sa colère;
et, les bras tendus vers les vaisseaux qui s'éloignent, et dans
sa fureur s'arrachant les cheveux : Elle
dit, et s'élance dans les flots. Elle suit les voiles de Crète;
l'amour soutient sa force et son courage; elle atteint la flotte, et
s'attache à la poupe du vaisseau de Minos. Son
père l'aperçoit : il planait déjà dans les
airs; et, couvert d'un plumage fauve, il était changé
en aigle de mer. Il s'élance sur sa fille pour la déchirer
à coups de bec. Saisie d'effroi, Scylla quitte la poupe, mais
en tombant, elle se soutient sur l'onde, et ne l'effleure pas. Oiseau
léger, elle vole, et son nouveau nom, Ciris, rappelle encore
le crime qu'elle a commis. |
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